mercredi 27 janvier 2021

[Interview] Seeds Of Mary : "Nous avons le sentiment que Serendipity est le meilleur album que nous ayons sorti"


Les Seeds Of Mary viennent d'enfoncer un peu plus le clou dans le paysage du métal alternatif français avec leur dernier album Serendipity,  sorti le 25 septembre dernier chez Klonosphère. Si on devrait donner un nom à la frontière qui sépare Velvet Revolver, Marilyn Manson et Alice In Chains, elle s'appellerait bien évidemment Seeds Of Mary. Mais le groupe  se peaufine comme du bon vin avec le temps, et se détache de l'image qu'il s'est forgée au début de sa carrière, et nous en a appris un peu plus ce très bon nouvel opus, qui s'avère être le plus aboutis du groupe, mais aussi le meilleur.

RAN : Salut les gars, j'arrive un peu à la bourre, mais votre dernier album "Serendipity" est sorti le 25 septembre dernier. Comment a t'il été accueilli par la presse et par vos fans ?

Jérem : Nous n’avons malheureusement pas encore eu l’occasion de le jouer en live bien-sûr, ce qui tu t’en doutes est une très grande source de frustration pour nous ! Mais nous avons la chance de travailler avec la Klonosphere qui a fait un super boulot, et l’album a beaucoup circulé malgré tout, et a pu être découvert aussi bien par le public que par la presse. Globalement, les retours sont très positifs, et les gens adhèrent à la progression du groupe, nous en sommes ravis ! Nous avons le sentiment que Serendipity est le meilleur album que nous ayons sorti pour l’instant, et il semblerait qu’une bonne partie du public soit également de cet avis.

Comment s'est déroulée la création de cet album, par rapport à vos albums et ep's précédents ?

Jérem : A peu près de la même façon que pour nos précédentes sorties. A savoir que Julien (guitare / composition / visuels) nous envoie une fournée de nouveaux morceaux déjà bien construits et arrangés, sur lesquels nous commençons à travailler pour y apporter chacun notre touche, et on se met tous d’accords sur les différents arrangements. Nous travaillons ensuite toutes les lignes vocales et harmonies, et c’est généralement ce qui détermine si on garde le morceau ou non. La seule différence notable dans le processus, c’est que pour cet album Raph (guitare / 2ème voix) a également proposé 2 compositions, parfaitement cohérentes avec le style de Julien, mais qui ont tout de même amené une autre sensibilité.


Combien de temps ça vous a pris de faire cet album ? Est-ce que ça été un album facile à sortir, ou êtes vous passez par des phases compliqués avec des zones de doutes ?

Eliott : Pas tant de temps que ça finalement et on a eu énormément de chance car on a terminé l’enregistrement juste avant le confinement, ce qui nous a permis de nous focaliser sur le mix chacun dans son canapé étant confinés.

Jérem : Oui en effet au niveau de l’enregistrement nous avons eu beaucoup de chance. Nous avons commencé le travail de composition alors que nous étions encore en train de tourner sur notre précédent album, donc cela s’est fait doucement pendant plusieurs mois, et nous avons vraiment activé la machine les derniers mois de 2019. Globalement, cela s’est fait de façon assez naturelle, et tout le monde a été efficace sur les prises.

Comment se passe la composition d'un titre chez Seeds Of Mary ? Est ce qu'il y a un membre qui ramène sa compo et le reste du groupe suit, ou est-ce que vous bossez tous ensemble autour de plusieurs riffs ou idées et vous montez vos compos ensemble ?

Eliott : C’est principalement Julien qui compose les morceaux, il nous envoie une pré prod qui est souvent déjà bien remplie, et nous on fait notre tambouille avec ça.

Jérem : En effet, chacun apporte ses idées à partir des pré-prod de Julien, on en discute quand il y a des divergences, on fait parfois des compromis… Mais aujourd’hui nous sommes souvent assez d’accords sur la direction que nous voulons prendre, et les choses se font de façon très instinctive car nous nous connaissons bien et nous savons vers quoi nous voulons aller. 


David Thiers a participé à la production de tous vos albums, peut-on le considérer comme le 6ème membre du groupe ?

Raph : Complètement! On le dit toujours, c'est notre 6ème homme et on est ravis de l'avoir! Il enregistre et mixe nos albums, nous fait (faisait?) le son en live quand il n'est pas déjà en tournée avec Gorod, mais au delà de cet aspect purement technique, il participe aux arrangements des morceaux, il nous apporte un regard extérieur et a son mot à dire pour la plupart des décisions concernant le groupe. Sa présence est vraiment bénéfique pour nous.

Qu'apporte t'il a votre son ? A t'il une façon de travailler bien spécifique ?

Eliott : Il apporte le son « David Thiers » ! Il commence par dessiner une étoile de David (parce qu’il s’appelle David) avec du sang de lapin au sol, il tape 5 fois avec son pied il fait 2 tours sur lui même et c’est seulement à ce moment là qu’il allume ces machines magique. Le reste n’est qu’alchimie entre ses doigts et son attirail.

Jérem : (rire) Au-delà de ces pratiques religieuses qui n’engagent que lui, il fonctionne de façon assez classique. Mais avec les années, il travaille de façon de plus en plus pointue, et son secret est finalement de ne jamais se reposer sur ses acquis, comme nous il cherche toujours à aller plus loin dans la maîtrise de ses outils, et chaque nouvel album est une occasion de se surpasser. Et en plus de ça, c’est aussi toujours un vrai plaisir humain de travailler avec lui, il fait vraiment partie de la famille.


Comment a évolué le groupe depuis sa formation en 2011 ?

Jérem : Déjà, il y a la direction artistique qui s’est vraiment précisée. Nous savons d’avantage à chaque album vers quoi nous voulons allez, quelles nouvelles couleurs ou sujets nous avons envie d’aborder. Et au niveau du fonctionnement interne, nous essayons également de voir toujours plus loin, nous cherchons à jouer le plus possible avec des groupes professionnels et dans des lieux qui permettent au maximum de rendre justice au travail que nous avons effectué en studio. Bref, nous voulons amener le groupe le plus loin possible et nous nous en donnons les moyens, même si à l’heure actuelle, nous sommes condamnés à l’inertie...mais finalement, ce qui est beau dans l’histoire, c’est que malgré cette période pénible et incertaine, nous restons très soudés, nous communiquons quotidiennement, et le groupe continue à vivre et à croire en l’avenir. C’est pas un virus et des technocrates incapables qui nous feront baisser les bras ! 

Si je devais vous situer pour quelqu'un qui ne vous connaîtrait pas, je vous mettrais entre Velvet Revolver, Alice In Chains et Marilyn Manson.
Est-ce des références majeures pour vous ?

Jérem : Oui bien-sûr nous adorons ces groupes, et ce sont des références qui reviennent très fréquemment. Nous avons malgré tout la sensation de nous en détacher avec le temps, et même si je suis très heureux de tout ce que nous avons produit jusqu’à maintenant, j’éprouve personnellement l’envie d’explorer d’autres horizons. Nous verrons bien vers quoi nous irons à l’avenir, mais je n’aime pas l’idée de stagner. En tant qu’auditeur, les groupes que j’aime le plus sont ceux qui ont pris des risques, quitte à se planter parfois. Disons que si le groupe existe encore dans 10 ans, je n’aimerais pas que l’étiquette « Alice in Chains » nous colle encore à la peau, je préférerais que cela sonne « Seeds of Mary », tout simplement ! 

D'ailleurs vous nous avez fait une reprise incroyable du titre "Them Bones" d'Alice in chains il y a 5 ans lors des sessions de votre deuxième album. Bravo à Jérémy, car reprendre du Layne Stanley n'est pas une chose facile ? Layne avait 8 octaves, et les membres du groupe arrivaient même à entendre sa voix par dessus des retours en live.

Jérem: (rire) Je te remercie! Je t'avoue que je n'étais pas au courant de telles capacités chez ce cher Layne, pour ma part c'est très loin d'être le cas! (rire) Il y a beaucoup de morceaux d'AIC que je serais bien incapable de reprendre, justement parce qu'il avait une légèreté assez incroyable dans la voix, tout en restant toujours très puissant. Je serais bien embêté si les gars voulaient reprendre "Man in the Box"! (rire) Mais ça va, pour l'instant ils ont été sympas! 


C'est pas parceque je suis entrain de vous interviewer, mais votre cover est vraiment réussie. Il y a Korn qui a repris "Would" récemment, mais aussi un line up d'exception avec Corey Taylor, Dave Navarro, Taylor Hawkins et Chris Chaney qui viennent également de nous reprendre "Man In The Box". Ce sont tous des monuments de la scène mondiale, mais pour moi la votre reste quand-même un cran au-dessus. Avez vous vu ces deux reprises d'Alice In Chains ?

Raph : (rires) Merci, ça fait plaisir que cette vieille reprise soit rangée à côté de celles de Korn et Corey Taylor & Friends. Je les ai vu et les trouve personnellement très bonnes, avec une petite préférence pour celle de Korn, mais j'ai été quand même hyper impressionné par la voix de Corey Taylor sur les refrains de Man In The Box! Par contre, je crois que je préfère quand même celle de Metallica sur Would, c'était audacieux de la reprendre en acoustique, et de la réarranger!

Jérem : Oui merci, je suis moi aussi ravis à l’idée d’avoir mis une fessée à Korn et Metallica ! (rire). Si tu ne l’as pas entendue, je te recommande également notre reprise de Pink Floyd qui a fait l’objet d’un clip dont nous sommes très fiers. J’en profite pour saluer notre réalisateur Thomas Duphil, qui va m’engueuler s’il ne figure pas quelque part sur ces pages ! 

Même si Alice In Chains est une influence majeure pour vous, est ce que ça ne vous fatigue pas que l'on vous compare à ce groupe majeure des années '90s ?

Raph : Si, il faut bien l'avouer. Disons qu'à une certaine période du groupe, je pense qu'on était assez fiers d'être comparés aussi positivement à Alice In Chains. On est tous très fans de ce groupe et ils méritent tout le respect du monde pour leur immense carrière et leur talent. Aujourd'hui, on a tout de même l'impression de s'être pas mal détachés de cette influence, d'avoir réussi à façonner une musique assez personnelle et de lier nos inspirations assez subtilement.. Pour être franc, je ne vois pas grand chose de très AIC dans notre nouvel album. On sait que cette étiquette risque de nous suivre un moment (et franchement, il y a largement pire) mais on va bien finir par réussir à s'en défaire encore un peu plus avec le temps. (rires)

Jérem : Oui j’ai moi aussi le sentiment qu’on s’en détache. Dans certaines chroniques du dernier album, je trouvais parfois fou que les gens entendent du AIC sur tel ou tel morceau ! Mais on y peut rien, on nous a même comparé à Dillinger Escape Plan une fois, c’est pour te dire (rire). Mais oui je pense moi aussi que nous allons partir dans des directions de plus en plus personnelles, en tout cas j’en ai vraiment l’ambition personnellement. Cela peut vouloir dire perdre ou dérouter une partie des gens qui aiment ce que l’on fait aujourd’hui, mais encore une fois, ce qui m’intéresse le plus c’est l’évolution artistique, la prise de risques et la personnalité.


Si vous devriez vous décrire en quelques mots, qu'est ce que Seeds Of Mary ?

Eliott : Une bande de joyeux lurons passionnés et toujours prêts à en découdre quand ils ont un pied sur une scène !

Jérem : Pas mieux !

Jérem : Nous avons commencé à travailler avec eux sur notre précédent album, « The Blackbird and the Dying Sun », et ils offrent une très belle couverture médiatique. Je les trouve encore plus efficace aujourd’hui, ils ont vraiment permis à l’album d’exister dans cette période de calme plat. Je pense que si nous n’avions pas travaillé avec eux, l’album aurait eu beaucoup moins de suivi ! Et ils sont également très disponibles, ils offrent une vraie collaboration et sont très fiables, c’est un vrai confort pour nous. Et puis nous apprécions beaucoup les autres groupes avec lesquels ils travaillent, ils ont une vraie exigence de qualité dans le choix de leur artistes.

Avec la crise sanitaire que l'on connaît depuis presque 1 an maintenant, votre album n'a malheureusement pas encore été défendu sur scène ? Êtes vous frustré d'avoir un nouvel album sans concerts ?

Eliott : Eh non, comme beaucoup de groupe ce fut une année bien triste musicalement parlant…OUI !!! C’est vraiment dommage et c’est une grande frustration de ne pas encore pouvoir faire notre release party… Mais malgré tout ça on se rassure en se disant que quand ce sera la reprise on sera là et on compte bien jouer cet album sur scène !


En quelques années, vous êtes devenu un groupe phare de la scène bordelaise. Comment ça se passe à Bordeaux pour la scène rock ?

Jérem : Il y a d’excellents groupes et de très belles ambitions. A la volée je peux te citer Datcha Mandala, Qlay, Altesia, Matrass, Smogs and Tacos... Le hic, c’est que les endroits qui offrent de bonnes conditions de concert sont assez rares dans le centre, et cette saloperie de Covid ne va rien arranger puisque certains lieux ont déjà mis la clé sous la porte… Comme dans beaucoup de villes, il y a de très belles propositions artistiques, mais qui ne peuvent pas toujours exister dans les meilleurs conditions, la faute à une politique de la ville qui ne se soucie pas vraiment de la culture, ou de la culture alternative tout du moins. C’est très frustrant, et en même temps c’est le propre du rock d’être ce sale gosse dont personne ne veut et qui doit se battre pour s’imposer, à grands coups de santiags dans la porte s’il le faut ! Donc espérons que la crise sanitaire se calmera bientôt, et que nous pourrons retourner écumer les routes et enfoncer les portes de France et de Navarre !

Merci les gars d'avoir répondu à l'interview.

Merci à toi pour le temps que tu nous as consacré et pour la pertinence de tes questions.

A bientôt ! 


Le dernier album Serendipity est sorti chez Klonosphère le 25 septembre 2020.


Écoutez Serendipity ici.


Gian, janvier 2021.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire