jeudi 4 juillet 2019

Review + Interview : Reagann sortie de leur 1er album “Licking The Eyes Of Drones”

A une époque où le rock est redevenu underground dans l’Hexagone, et où certains médias portent aux nus des artistes à la vacuité musicale et intellectuelle - tels que Jul, Maître Gims, Vianney ou Christine & The Queens -, la production musicale indépendante française n’a jamais semblé aussi qualitative en terme de rock. Les nombreux groupes méconnus sortis du bois - et de l’anonymat - ces 2 dernières années en sont un magnifique : The Inspector Cluzo, The Limiñanas, Kaviar Special, Prohibition Dead, Springwater, Johnny Mafia… (liste non exhaustive). Et au sein d’une Armorique qui résiste plus que jamais à l’envahisseur coexiste une tribu de bardes dévoués à la cause de la sauvegarde du rock noisy, du garage et du grunge. Parmi lesquels un groupe cher à notre coeur et à celui de la Pearl Jamily France : Reagann.Joyeux trio composé de Cyril - aka Cyb - à la guitare & au chant, de Firecracker B à la basse & au chant, et de Max à la batterie & au chant (parce qu'on n'a rien inventé de plus efficace qu’un trio depuis l’avènement du rock !), Reagann est basé dans la belle ville de Rennes et sévit donc principalement en terre bretonne. Le combo originaire de Condate - NDLR : nom gallo-romain de Rennes - mixe avec bonheur ses diverses influences, allant du punk rock de Iggy And The Stooges au grunge de Pearl Jam et Soundgarden, en passant par le noise rock de Queens of the Stone Age. Et blablabla… (comme l’indique le groupe dans sa bio).
Comme Noël arrive à grands pas, c’est Reagann qui régale… et revêt son plus bel habit de Santa Claus pour nous livrer son 1er album “Licking The Eyes Of Drones”. Un opus infusé de rock et de grunge où flotte le Saint Patronage de légendes du genre, comme le regretté Chris Cornell ou le mythique Eddie Vedder. Après 3 sessions de voix et de mixage en compagnie de leur garde rapprochée - Ted Beauvarlet au son & au mixage, Sebastien Lorho au Master, Ian Dilly à l’enregistrement & au mixage sur “Tomorrow Bunker” et Jules Mc Coy aux guitares supplémentaires sur “Shadows” - et des mois de galères, d’incertitude, de doute et de travail, le trio nous offre ce sublime 1er opus, fatras improbable de 11 titres rock / punk brutaux où - certes - tout n’est pas parfait mais qui s’annonce néanmoins comme une déclaration d’intention de la part de l’un des groupes les plus prometteurs de la foisonnante scène rennaise.Débutant par une bonne braillée façon metal, le rock de ce disque est tel qu’on l’affectionne : sans fioritures, brut, à l’état sauvage, avec la rythmique de basse fluide et une batterie qui tape vraiment fort et juste. Riche de ses 11 titres pour autant d’uppercuts au foie et d’aventures musicales oniriques où chaque instrument est en interaction permanente avec les autres - comme une sorte de jam géante - “Licking The Eyes Of Drones” ne manquera pas de vous laisse groggy, et sonne comme une véritable ode au plaisir. Car oui, on sent bien que nos 3 larrons s’éclatent comme des bêtes… et du coup, nous aussi !
Avec ce joyeux bordel punk / rock / grunge inattendu doté d’une avalanche de riffs vengeurs à vous scotcher et à vous clouer au sol, Reagann ne cherche pas à “copier” ses idoles, mais bien à faire du Reagann… et c’est ce que nous attendions avec impatience. Même si cela sonne parfois légèrement comme un grand n'importe quoi pas toujours identifiable, on s'en fout, on adore ! Ce “Licking The Eyes Of Drones” se montre digne de ses influenceurs et ouvre de merveilleuses perspectives au trio rennais, dont mon petit doigt me dit que nous n’avons pas fini d’entendre parler...
Ne nous mentons pas… Si votre truc c’est d’écouter du Vianney en sirotant du Vittel fraise, du Champomy ou une verveine menthe - pauvre de vous ! - dans la chaleur douillette d’un feu de cheminée, vous allez détester cet album. En revanche, si vous ne vous épanouissez que dans un univers fait de riffs (souvent), de distorsions (parfois) et de plaisir (toujours) où le son de Seattle des années 90 est roi et où vous ne prenez la pleine mesure de celui-ci qu’à l’épreuve du live, en remuant du steak et en dégustant une bonne boisson houblonnée, ce “Licking The Eyes Of Drones” est fait pour vous… et il est probable que vous ne puissiez vous en départir, tant ce disque sonnera comme un objet familier, une partie de vous-même qui vous aidera à oublier les tracas du quotidien et vous dépoussiérera les tympans.

Même si depuis quelques années, certains sonnent le glas du rock breton, nous n'avions jamais été convié(e)s à des funérailles en bonne et due forme et force est de constater que ce "Licking The Eyes Of Drones" donne la réplique à ces oiseaux de mauvaise augure, et annonce le renouveau d'un joyau du rock rennais. Avec ce son brut “qui cogne”, diversifié et néanmoins d’une efficacité chirurgicale, Reagann sonne la révolte et nous entraîne dans son sillage.
Si - selon le titre de l’un de ses morceaux - il est possible que Reagann ait tué Nixon, ce qui est certain par contre, c’est qu’avec ce “Licking The Eyes Of Drones”, les Rennais ont tué le game. Qu’on se le dise, si les chamailleries se feront toujours incessantes quant au sempiternel débat pour savoir qui de Rennes ou de Nantes est le chef-lieu de la Bretagne, en revanche, Rennes est sans discussion possible la Capitale du Rock et du Garage français, avec à sa tête des groupes comme Kaviar Special, Albatross, Zumma ou Reagann. Que la fête commence... Rock & Chouchen !
La note de Manu : 8.5/10
“Licking The Eyes Of Drones” de Reagann, LP 11 titres sorti le 14 novembre 2018 en Auto-Production
https://reagann.bandcamp.com/album/licking-the-eyes-of-dronesAprès avoir pris une bonne dose de rock, retrouvez l’interview de Cyril - le chanteur de REAGANN - par Gian… Keep On Rockin’ In A Free World !
Gian : Salut Cyril, quand on écoute votre 1er album, on s'aperçoit que vous n’en êtes pas à votre coup d'essai et que le projet Reagann est dans la continuité de ce que vous avez produit jusqu’à présent. Peux-tu nous en dire davantage sur vos parcours musicaux avant Reagann ? Et comment est né ce projet Reagann ?Cyril : Effectivement, ça fait un moment que les membres du groupe écument cafés-concert et salles du grand ouest pour faire du rock à fort volume. Max R le batteur jouait du côté de Saint-Brieuc avec, entre autres, The Obvious, tandis qu'avec Firecracker B on montait Puzzle of Skin, puis Last Avalon Drugstore sur Rennes. Est arrivé le quintet Golden Age of Monkeys qui nous a rassemblés. Un mélange punk-metal, de supers concerts dans la foulée, un 6 titres (“Many Reasons To Smile” - autoprod) + participations compils... Mais des dissensions musicales sont apparues et GAOM s'est dissout.Reagann est né quelques mois plus tard, début 2015 avec Firecracker B (basse, choeurs), Max (batterie, choeurs) et moi (chant lead, guitare). On a maquetté un quatre titres au Nevermind Studio avec Ian Dilly (In a Nutshell, Hand of Blood, Ian, Owly Shit...), on a testé “Modern Citizen” sur scène et puis on s'est enfermé dans les locaux de répé pour composer le reste. Comme le EP des Golden Age of Monkeys avait été enregistré au Studio la Licorne Rouge de Rennes, et qu'il restait là-bas des bandes inexploitées dont la base basse/batterie me parlait beaucoup, on a décidé de travailler à nouveau avec Ted Beauvarlet l'ingé son de la Licorne. Plusieurs sessions d'enregistrements, mixage de nouveaux titres, rajout de grattes et de chant sur deux des bandes inexploitées (qui allaient devenir Shadows et Silent Corp)... Après un master au studio Near Deaf Experience par Seb Lorho, l'album était enfin là.
Si je te dis que votre album nous replonge un peu dans la France des années 90, avec une sorte de son punk / grunge émergent mélangé à diverses influences des années 80. ça te convient comme analyse ?
Totalement. On a tous les trois baignés dans cette étrange zone qu'étaient les années 90. Sous la surface il y avait eu ce rock alternatif obscur des années 80, de Joy Division aux Dead Kennedys en passant par Noir Désir, The Cure, Metallica, The Jesus Lizard, les Pixies ou Hüsker Dü. Et du jour au lendemain (ou presque) est arrivé le grunge. Le rock alternatif est devenu roi. Pour ma part, j'ai plongé dans la scène de Seattle, écoutant le Big Four en boucle (et tout ce qui s'en rapprochait comme Mudhoney, TOTD, les Screaming Trees, Green River...), tandis que Max écoutait Emperor, Fugazi, tous les projets de Mike Patton et Gojira. Firecracker B voyageait entre les Thugs, PJ Harvey, Soundgarden, Helmet et le Velvet. Il aura fallu quelques années pour mixer nos diverses influences, épurer notre jeu et aller à l'essentiel. Grosses distos, amplis à lampes, batterie qui latte et paroles déprimantes, politiques ou ironiques. C'est vrai qu'avec les mêmes ingrédients Mark Arm avait appelé ça grunge il y a bientôt 30 ans.
À l'époque (les 90's), je voyais Rennes comme une petite Seattle : beaucoup de groupes de zik, de micro labels, une multitude de style et peu de grosses têtes d'affiches internationales à venir jouer dans le coin ; la même config en plus humble que Seattle en 86/87. Les choses ont un peu changé depuis, et pour ma part j'ai réussi à me débarrasser de mes tics vedderiens au chant !
Mais quand on compose, qu'on improvise, on ne pense ni au rock ni au grunge. C'est un moment hors du temps où tout est possible. Et Max n'est pas très grunge !
Avez-vous des concerts prévus prochainement en Bretagne et dans l'Hexagone ?
Pour les précédents groupes qu'on a montés, on travaillait un set, prêt ou pas on le jouait sur scène dès que possible, et un jour, si on avait le temps, on enregistrait. Cette fois on a décidé de faire l'inverse, de prendre notre temps en studio, d'être content du résultat, d'en choisir et maîtriser l'ensemble pour, dans un second temps, nous lancer dans les concerts en travaillant quelques ajustements (sur certains titres on a enregistré 3 guitares en studio, et je suis seul gratteux sur scène). Maintenant c'est le moment de jouer ! On prépare une série de concerts sur le premier semestre 2019, surtout en Bretagne, avec d'autres groupes locaux, pour après nous aventurer vers Paris. Tout n'est pas encore calé mais on y travaille. C'est assez jouissif de sentir ces morceaux vivre hors du studio.
Cet été tu as repris “Rearviewmirror” de Pearl Jam sous le patronyme de Smell As You Are pour l’album “State Of Wine And Cheese - A French Tribute To Pearl Jam” avec des membres de Central Massif et You'll Brynner. Ca a dû être un bon kiff à reprendre, non ?
Yes !! Quand tu as lancé ton appel pour le tribute, j'ai tout de suite dit OK. Et puis c'est pour une bonne cause puisque tous les bénéfices de cette compilation vont à une association caritative (Pour le sourire d'Isaac). Problème de calendrier, les autres Reagann n'étaient pas dispos. Comme j'avais déjà joué avec Arno (le batteur de Central Massif), il m'a parlé de Ben son bassiste que je connaissais pour avoir assisté aux concerts de CM. Ben a tout de suite accepté et m'a présenté Matt un ami Batteur avec qui il a formé Smell As You Are un groupe de covers rock. Voilà comment tout ça est venu. On a un peu accentué le côté punk de Rearviewmirror, tu ne trouves pas ?
Pourquoi avoir choisi de reprendre cette chanson précisément ?
Pearl Jam a des dizaines de titres géniaux ; dur de choisir. J'hésitais entre “Corduroy”, “Footsteps” et “Rearviewmirror”. Tu m'as déconseillé “Footsteps” (déjà pris par The Ropes). Ben avait une préférence pour “Rearviewmirror”. Le peu de temps dont on disposait a décidé pour nous. On était tous pris à droite à gauche, surtout Matt qui joue dans plusieurs formations rennaises (You'll Brynner, Février, Formica...) et s'occupe du label Brainstorming Records. Une seule répé a pu être calée avant les 4 heures d'enregistrement gérées par Arno. Comme Matt a dévoré “Vs” dans sa jeunesse et qu'il connaissait “Rearviewmirror” par coeur à la batterie, le choix était évident. Et comme c'est avec “Vs.” que j'ai moi-même pris une grosse claque musicale à l'époque, ce titre fait sens pour moi.Certains médias affirment que le rock est mort. Qu’aurais-tu envie de leur répondre ?
Qu'à Rennes, ce genre d'affirmation tout le monde s'en fout. “Shells”, un titre de notre album, avec une mélodie qui me rappelle Fugazi, commence comme ça : « Rock and roll is dead again ». Tu sais, des journalistes blasés ont un coup de mou durant les périodes creuses, alors ils râlent de ne pas voir venir de nouvelles têtes, disent que tout est fini, sombrent dans l'alcool et pleurent sur la tombe de Brian Jones... Mais ces médias dont tu parles, tu ne les vois jamais aux concerts rock dans les cafés-concert ou les petites salles.
Choisir un support pour exprimer son mal être ou son amour de l'univers est inscrit dans notre ADN depuis au moins quarante mille ans (quand tu vois ces dessins incroyables dans la grotte Chauvet...!), et le rock est un moyen efficace, au même titre que la noise, le rap, l'électro ou d'autres, pour foutre une bonne claque dans la tronche apathique du monde. En ce sens, il ne disparaîtra pas de si tôt. Et ces temps-ci il y a quand même IDLES, The Limiñanas, Kaviar Special, Greta Van Fleet, The Fever 333 et une flopée de nouveaux groupes dont certains que j'ai découverts grâce à votre émission “Totalement Rock” (comme J.C.Satàn) ! Et puis il y a Reagann...
Manu et Gian, décembre 2018.

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