dimanche 6 septembre 2020

Live Report : Bandit Bandit et Cheap Teen live au Trabendo le 20.08.20

 

Le temps a suspendu son vol le 7 mars 2020. En tout cas pour moi. C’est le dernier concert, au 1999 à Paris, les Anglais de King Nun. Après les Américains d’Algiers le 5 mars. Ensuite, eh bien une succession d’annulations avant que tout ne soit figé en ce funeste 17 mars. Enfin, figé si on peut dire. Le virus balaye tout sur son passage, en tout cas dans le monde du spectacle et donc des concerts. Inexorablement les reports et les annulations se succèdent. On commence à en savoir un peu plus, enfin on apprend en marchant je dirais, sur ce satané virus présenté au départ comme un petite grippette. Et on commence à comprendre que le printemps et l’été qui auraient dû être riches de beaux concerts et festivals vont se transformer en une désespérante et déprimante disette ! 

Dans ce contexte morose, l’annonce du Supersonic associé au Trabendo, pour un concert de Bandit Bandit en extérieur sur la terrasse du Trabendo nous a fait chaud au cœur. Souvenez-vous, le concert prévu au Point Ephémère le 24 mars avait été reporté au 16 juin pour finalement être annulé. Cela faisait donc chaud au cœur de se dire qu’on allait finalement les retrouver en 2020, qu’on n’avait pas à attendre 2021 pour ça, merci le Supersonic et le Trabendo ! Il faut dire que leur prestation en première partie de Last Train au Trianon le 6 novembre 2019 nous avait totalement convaincu de continuer de suivre le groupe. Bandit Bandit, c’est tout d’abord un duo composé de Maëva et Hugo (par ailleurs membre de l’excellent groupe Kursed), aussi en couple à la ville, qui ont été rejoints par Ari et Anthony.

La première partie est assurée par Cheap Teen un groupe tendance punk de Maison Alfort en région parisienne. Et c’est la bonne surprise de la soirée. Nous avions un peu écouté ce qu’ils avaient fait précédemment, du punk énergique, efficace et agréable, mais rien de révolutionnaire en fait. Le bassiste arbore un T-shirt des Idles, ce qui est plutôt de bon augure. Et nous découvrons en effet des compositions beaucoup plus sophistiquées que les titres comme « Mainstream Music » ou « No ! Of Course » de leur premier EP. L’énergie est toujours là, l’influence punk aussi, mais les titres sont plus construits avec des changements de rythmes intéressants, les sonorités des guitares sont plus recherchées. Une évolution bienvenue qui situe maintenant les Cheap Teen dans le paysage des groupes hexagonaux intéressants à suivre.


Après cette excellente entrée en matière, les 3 musiciens de Bandit Bandit arrivent sur scène sans Maeva et entament l’intro du titre « Néant » avec ses basses bien lourdes qui prennent aux tripes. Au bout presque 2 minutes Maeva arrive enfin sur scène et nous envoute tout de go avec sa voix suave. Comme d’habitude Maeva ne fait pas que chanter, elle exprime sa musique par son corps tout entier. C’est une véritable transe qui nous transporte dès ces premières minutes de concert. Il faut dire que le rythme martelé par Anthony y est aussi pour beaucoup. C’est presque tribal, une sorte de rituel venu du fin fond des âges. Nous sommes entrés dans une autre dimension il nous semble. C’est d’ailleurs le titre de la chanson qui suit. Tout est programmé pour nous emmener dans ce voyage musical ! La température continue de monter. Est-ce la chaleur de ce début de soirée ? Est le virus qui nous a rattrapés ? Mais non suis-je bête, c’est le titre « Fever », qui porte bien son nom, issu de l’EP sorti il y quelques mois, qui est responsable de cette montée en température. Décidemment cette alchimie entre le stoner rock, incontestablement présent au niveau des guitares, et quelque chose de plus « chanson française », au sens noble, comme le faisait Serge Gainsbourg, fonctionne à merveille. Le groupe aussi fonctionne parfaitement ensemble sur scène. Bien sûr le couple, à la ville et sur scène, formé par Maeva et Hugo, est quasi fusionnel sur scène, mais l’alchimie est elle aussi évidente avec Ari le bassiste/guitariste et acolyte d’Hugo dans le groupe Kursed, et Anthony le batteur, ancien élève d’Hugo à la guitare. Maeva est déchaînée sur scène, on dirait un félin surexcité, comme un chat qui se serait pris la patte dans une prise électrique. C’est animal, sensuel, sexy aussi, mais jamais vulgaire malgré la tenue plutôt courte qu’elle porte ce soir. Après « Siamese Love », viennent ce qu’on pourrait appeler les deux hits du groupe avec tout d’abord « Maux » qui décrit si bien le couple formé par Maeva et Hugo, et son rythme lancinant toujours aussi fascinant, suivi de « Pixel » toujours aussi pêchu. 

Changement de style et d’atmosphère avec une nouvelle chanson « La Marée », duo de Maeva et Hugo, avec juste la guitare d’Hugo, qui s’inscrit plus dans la chanson française. Le set se conclut avec « Désorganisé » et « Nyctalope » avec ses changements de rythme et son crescendo qui se termine dans le fracas et les convulsions libératrices. C’est « Tachycardie » qui est joué en rappel, et nous terminons donc le concert dans les spasmes et les soubresauts, en totale communion avec les musiciens totalement habités par leur musique. 

Un excellent concert qui nous aura fait un bien fou. Merci encore au Supersonic et au Trabendo de nous avoir offert ce très beau cadeau. Et merci aux deux groupes de ce soir, Cheap Teen et Bandit Bandit de nous avoir livré de si belles prestations. On en a totalement oublié l’obligation d’être masqués. Obligation que nous aurions d’ailleurs souhaité voir respectée avec plus de rigueur par le public ….



Setlist :

Néant

Dimension

Fever

Siamese Love

Maux

Pixel

La Marée

Désorganisé

Nyctalope


Rappel:

Tachycardie


Jean O de R.A.N.

samedi 15 août 2020

[Interview] : Fátima ... "C’était plutôt une surprise qu’on s’intéresse à cet album ! "



Le 10 avril 2020, alors que le monde tourne toujours mais que la vie s'est arrêtée depuis près d'un mois. Outre-Atlantique, c'est Local H qui nous sort son 9ème album Lifers, et chez nous c'est le trio parisien Fátima, qui nous sort son 2ème opus intitulé "Turkish Delights". Enregistré live avec un son capturé à "la volée", comme de bonnes vieilles démos des '80s/'90s, qui nous fait remonter de très bons souvenirs avec nos compils faites maison, à partir de bootlegs sur nos bonnes vieilles K7. Avec ce deuxième album, chargé en sonorités quelques peux expérimentales, avec des effets sonnant parfois comme de la musique orientale, le groupe vous ramènera à l'essence même d'une musique brute de décoffrage, dépouillée de tout arrangement sur consoles de mixages, ou autres logiciels ultra sophistiqués. Le mois dernier, nous avons eu la chance de les avoir pour une interview exclusive, afin d'en savoir un peu plus sur ce très bon 2ème album que tous les fans de grunge ou de doom devraient posséder. 

RAN : Salut les gars comment allez vous ? 

Il fait chaud, on est masqués, mais depuis le déconfinement on a jamais autant répété et c’est le pied ! 

Votre dernier album en date "Turkish Delights" est sorti le 10 avril dernier, et a été plutôt bien accueilli, autant par les fans que par la presse. Est-ce que vous vous attendiez à un tel accueil ? 

On a vraiment fait cet album dans notre coin entre potes et surtout par passion. On y a mis tout ce qui nous plaisait, nos délires et nos références. On pensait plus que l’album resterait dans un cercle restreint de potes et sur la cheminée des grands parents à côtés de la photo du chien (comme pour le premier album). Donc non, on ne s’y attendait pas du tout. C’était plutôt une surprise qu’on s’intéresse à cet album ! 

Pensez-vous que ce foutu Covid a joué aussi un rôle sur l'accueil de ce second opus ? 

Avec du recul, on pense que le covid a eu un effet positif sur l’album. On a failli reporter la sortie comme beaucoup de groupes. Mais cela faisait trop longtemps qu’on attendait ça. Finalement on a décidé de le sortir avec les gars du label ( le 10 avril, qui sans le savoir, était le jour de l’ascension ) ! On s’est aperçu qu’on était presque les seuls à sortir un album à cette période. Du coup, on a eu un boulevard et beaucoup de monde avait du temps pour écouter de la musique avec le confinement. C’est un pur coup de bluff et un alignement des planètes qui ne se reproduira sûrement pas ! 


En tout cas, moi, ce que je retiens de cette période de confinement en France, de mars à mai 2020, c'est le clip de Patròn: "Who do you dance for", la reprise de Antisocial de Trust par les Fastened Furious et votre album ... 

Ah bah ça fait chaud au coeur ! On ne connaît ni Patròn ni Fastened Furious mais on va écouter ça ! De notre côté le confinement aura au moins permis d’écouter les singles de deux futurs albums qu’on attend beaucoup : « Three Mile Ditch » qui sortira en octobre et le second album acoustique de Buzz Osbourne « Gift of Sacrifice » qui sortira le 14 Août. Il y a aussi nos potes de SEUM (trois français expatriés à Montréal qui font du Doom ; et de CERBÈRE (un tout nouveau groupe de doom / black de Paris) qui nous ont permis de jeter une oreille à leurs prochains albums en exclu, et c’est bien gras des deux côtés ! On a hâte qu’il sortent tout ça dans les mois qui viennent pour que tout le monde puisse en profiter ! 

1 mois après la sortie de "Turkish Delights", vous avez sorti une cover du Quiet Room des Pagan Babies. Vous l'aviez déjà en stock cette cover ou est-ce que vous l'avez enregistrée récemment ?

Oui, cela s’est fait après la sortie de Turkish Delights. Ce n’était pas du tout prévu. Pendant le confinement, faute de pouvoir répéter, on s’envoyait beaucoup de musique entre nous. Dans le lot, il y avait une vieille reprise des Pagan Babies qu'Antoine avait faite il y a presque 10 ans quand le groupe s’appelait Crabs. On s’est amusé à la refaire pour nous occuper. Après quelques prises à l’arrache avec un pc et un téléphone, on trouvait le résultat pas si dégueu. On a décidé de la sortir en bonus avec une pochette faite par Antoine. 





Votre nouvel opus a été enregistré live, avec très peu de prises pour garder l'essence même de vos compos … 

On a passé 5 jours à la Ferme Électrique dans le 77 (super endroit !) pour enregistrer tout l’album d’une traite. Notre premier album avait été enregistré sur une plus longue période à raison de 2-3 morceaux par week-end, là où ce second album a un son beaucoup plus hétérogène entre les morceaux. Vincent nous a proposé de refaire cette méthode de travail qu’on avait déjà faite sur le premier album. Le résultat permet de garder l’esprit concert avec l’énergie live. Le but est que lorsque les gens viennent en concert, ils retrouvent un son qui se rapproche de celui de l’album contrairement aux superproductions qui marchent moins bien en live. 

Entre l'enregistrement début 2019 et la sortie de l'album en avril, il s'est passé 1 an. Que s'est-il passé pendant cette année ? 

Il s’est passé beaucoup de chose. On a d’abord beaucoup joué en Île de France, mais aussi ailleurs. On a aussi peaufiné l’album jusqu’au bout avec le mix, le master, la pochette et trouver un label. Mine de rien cela nous a pris un an. On a eu énormément de refus de labels ! On nous disait, c’est « trop heavy », « pas assez produit », « pas assez à la mode », « vous n’avez pas assez de like », et je ne sais pas quoi ! C’était tout ce qu’il y avait d’emmerdant dans la musique, à savoir le côté market et com qui consiste à vendre un produit plutôt qu’une musique. Aujourd’hui, il faut d’abord prendre des photos, avoir un compte Instagram avec 3000 followers et avoir fait une école de communication pour signer sur un label avant même d’avoir fait de la musique et des concerts. C’est bien triste. On a finalement eu la chance de rencontrer Musikoeye avec qui on partage un certain rapport à la musique et qui nous a donné carte blanche aussi bien sur le mix, la pochette etc..! Et puis sur ce laps de temps il se trouve qu’on a eu le temps de composer un troisième album quasi prêt pour une nouvelle session d’enregistrement ! 

Nous sommes dans une ère où le vinyle a fait son grand retour, de par son esthétique mais surtout pour la qualité du son, et vous, vous débarquez avec un son brut, limite un peu "crade", mais maîtrisé à la perfection. Pensez vous que le succès du groupe passe aussi par votre son (en plus des compos bien sûr) ? 

Perfection c’est pas sûr, mais crade et brut ça nous réussit plutôt bien ! Oui c’est probablement ce qui plaît le plus, en se mariant bien aux compos que l’on joue. Que se soit en répète, sur scène ou lorsqu’on enregistre, on prend notre pied parce qu’on est « nous », totalement lâchés, dans nos instincts, aucun carcan et tout à l’humeur. Si le son est bien réglé avec de bons retours, plus un quotidien qui nous en met gros sur la patate, et plus on se déchaîne. Aussi on ne pouvait tout simplement pas mettre 2000 balles pour sortir cet album sur vinyle. On est complètement amateurs et la thune qu’on met là dedans c’est celle de nos économies perso, donc plutôt limitée. On a donc fait au mieux avec les moyens qu’on avait. L’album n’est pas sorti en vinyle parce que ça coûte une blinde. On n'avait pas les moyens! Même si on adorerait avoir notre vinyle. Cela va aussi dans la production. Idem, on ne pouvait pas se payer un mois de studio avec jacuzzi. Il fallait être efficace avec le peu de temps dont on disposait.

Avoir un son comme ça est vraiment énorme, ça nous renvoie un peu dans des démos des groupes de grunge de la fin des '80s … 

Ce qui est sûr c’est qu’on partage avec Vincent un goût prononcé pour le son des enregistrements de Jack Endino de la fin des années 80’s 90´s. L’exemple le plus connu étant Bleach, mais il y a aussi le premier Album de TAD (God’s Balls) un Ep de Hole, du Mudhoney etc… Et Vincent a une méthode et une approche d’enregistrement brute similaire à Endino, ou Steve Albini, c’est à dire ne pas surgonfler le son en post prod, ne pas faire 25 couches de guitares, peu ou ne pas doubler le chant et enregistrer le morceau en prise live. Et tant pis si ça flottouille et si on accélère sur le deuxième couplet, tant que l’énergie est là. En fait on ne saurait pas trop s’y prendre autrement maintenant. Du piste par piste serait un défi pour nous. On essayera peut être si on le sent comme ça pour tel ou tel morceau avec Vincent. Mais pour l’instant notre méthode habituelle nous va bien. 






Vous bossez avec Vincent Grégorio pour l'enregistrement, depuis vos débuts. Peut-on le considérer comme le 4ème membre du groupe ? 

Oui clairement ! On connaît Vincent depuis un moment maintenant. Depuis le début on enregistre avec lui. C’est toujours génial. Les sessions se passent simplement. Il n'y a pas de prise de tête et il apporte beaucoup de choses au son ! On lui fait totalement confiance sur la manière dont il procède pour enregistrer. On se prend vite au jeu de la prise live avec son côté forcément frustrant en disant qu’on aurait toujours pu faire mieux. On ne voudrait pas forcément enregistrer avec quelqu'un d’autre, par crainte que le courant ne passe pas ou qu’on ne se comprenne pas. Et surtout Vincent a sa patte à lui qu’on reconnaît sur ses productions et c’est très rare! Certains trouvent qu’on gagnerait à avoir un son plus surproduit et net, plus « Doom » et plein d’infrabasses. Je ne sais pas trop, on aime bien ce côté naturel et organique et pas gonflé au botox que Vincent insuffle dans le son studio. Quand on enregistre, Vincent est l’alchimiste qui fait que le mélange des potions fonctionne. 

Est-ce que vous êtes un groupe de grunge ou de doom ? Ou les 2 ? 

Disons les deux, même si on ne sera jamais assez drogués ni assez originaires de la région de Seattle pour prétendre faire du « grunge » et jamais assez lourds et lents et constamment versés dans l’imagerie occulte pour vraiment prétendre faire du Doom ! C’est sûr qu’on entend sûrement plus clairement nos emprunts à Black Sabbath, Electric Wizard, les Melvins, Nirvana et Babes in Toyland, que ceux faits aux Cure, à la Soundtrack de Donkey Kong country, à Warpaint et à System of a Down j’imagine ! Plus sérieusement arrivés en 2020, les genres et sous genres sont tellement variés que ça en devient parfois hermétique et imbitable. Surtout pour trouver des dates lorsque tu débute et que ton style n’est pas immédiatement identifiable. 

Remontons au tout début de votre histoire, comment est né Fatima ? 

On s’est rencontré au moment du lycée dans le 91, il y a maintenant une quinzaine d’années. On a d’abord commencé à jouer dans notre coin puis au fur et à mesure on a monté un groupe. Le premier s’appelait Crabs. C’était du grunge avec une touche de folk en plus, moins énervé que Fatima en fait ! On a fait nos premières compos avec ce groupe. Après quelques années et 6 mois de pause, on a décidé de créer un nouveau groupe toujours tous les trois, c’était Fátima. 

Quel est l'origine du nom du groupe ? 

Cela vient d’un simple voyage au Portugal pendant des vacances d’été. La ville de Fatima est un lieu de pèlerinage. Trois bergers auraient vu la vierge. Celle ci aurait dicté trois secrets... On trouvait que cette référence collait bien à l’ambiance de notre musique assez cryptique et puis Fa-ti-ma c’est trois syllabes qui sonnent bien ! 

Quels ont été les premiers groupes qui vous ont donné envie de faire de la zik ? 

Les groupes qui nous ont donné envie de monter un groupe sont sans surprise Nirvana, Killing Joke, Black Sabbath, Les Melvins et Babes in Toyland. Avant de découvrir ces groupes, on avait les pires goûts de chiottes et on n’envisageait pas de faire de la musique dans un groupe ! 

Comment ça se passe pour la composition chez Fatima. Est ce un travail de groupe, ou l'un arrive avec le squelette d'une chanson et l'écriture se fait tout autour? 

C’est plutôt simple ! A chaque fois Antoine vient en répétition avec le squelette d’une chanson qui comprend généralement une introduction, les couplets et les refrains avec le chant. Ensuite on triture le morceau dans tous les sens pour aboutir à quelque chose qui nous plait à tous les trois. Si un des trois n’est pas convaincu, le morceau part aux oubliettes ! 


En plus de faire de la bonne zik, vous avez la particularité de faire vous même vos pochettes d'albums, vous les fabriquez avant de les prendre en photo … 

Oui nous faisons nos pochettes nous-mêmes, là encore avec les moyens du bord. Toutes les illustrations, sculptures, décors sont réalisés par Antoine (alias Gnocchi Dolce, son site internet, ici), les peintures de figurines par JC et la photo par Maxime. On travaille ensemble à la conception, et puis surtout ça nous éclate de faire ça en plus de la musique. On fait ça ensemble et ça donne l’impression de bosser sur un film en stop motion...bon sans l’animation hein ! 

Vous écoutez quoi en ce moment ? 

(Cliquez sur les noms ci-dessus pour vous diriger vers les vidéos)

Que pensez vous de notre scène indé actuellement ? 

On ne connaît la scène qu’au travers des lives et des tournées qu’on a pu faire, et des groupes qu’on a pu rencontrer par ce biais. Et celle de Paris un peu plus car on y vit et on connaît les assos, les groupes et le public. Et même si c’est de plus en plus une tannée d’organiser des concerts dans les grandes agglomérations à cause des mises aux normes réclamées par les mairies, aux problèmes de voisinage et maintenant de Covid etc..., il y a encore des assos qui se démènent toute l’année pour faire des soirées lives, avec des groupes locaux, d’autres de province, ou à l’étranger. Il y a un public très conséquent et toute une scène rock au style protéiforme se développe et existe en sous sol sans que personne n’en ait grand chose à foutre à la surface. Ce qui est vraiment chouette c’est que certaines assos comme Fauchage Collectif ou En veux tu en V’là (sur Paris) n’hésitent pas à mélanger différents styles de groupes sur un plateau (Noise avec des cuivres, math-rock, stoner etc). Il y a aussi des assos plus spécialisées dans un style (fuzzo Raptors et Below the Sun pour le stoner doom, Bermuda cruise pour l’impro/psychée, Musikoeye pour le metal au sens large) mais quoi qu’il arrive c’est le même public qui vivote entre toutes ces soirées et ces micro-scènes. Ce qui est top c’est que ces concerts permettent souvent aussi aux illustratrices/teurs de flyers, de bd indés, de fanzines etc, d’exposer leurs oeuvres et d’exister au même titre que les groupes dans cette scène. Et puis le public « underground » est très curieux. Tu croises souvent les mêmes têtes, un soir à une soirée grind, un autre à une soirée ambiant. Et quand tu viens voir des concerts plusieurs fois par mois, voire par semaine, en jonglant entre les assos, tu veux être surpris quelque part et tu ne t’enterres dans un style bien précis en particulier ! Il y a aussi une synergie entre les groupes et assos des différentes régions de France qui s’échangent leurs groupes régulièrement. Le Raymond Bar de Clermont est peut-être le squat à concert le plus cool de France, et des groupes de rock, doom, noise, indie, peu importe, de toute la France y jouent régulièrement, c’est un lieu en or. 

La tournée "Turkish Delights" est reportée mais toujours au programme ? 

On espère vraiment pouvoir faire une tournée pour cet album. On ne sait toujours pas quand cela sera possible. Pour l’instant, la seule confirmation qu’on ait c’est le 12 septembre pour le Mennecy metal fest avec Napalm Death ! On a vraiment hâte et ce sera notre tout premier festival !



 Merci d'avoir répondu à nos questions


Turkish Delights de Fatima, sorti le 10 avril chez Musiko Eye


Pour se procurer les 2 albums de Fatima, c'est par ici.
Et retrouvez Fatima sur Bandcamp .


Crédits photos : Facebook Fatima.

Gian, septembre 2020.

vendredi 31 juillet 2020

Album Review : "A Hero's Death" de Fontaines D.C. (Sortie le 31.07.2020)

Credits Photo : © Griff
Habituellement, quand un groupe enchaîne rapidement après un 1er album très remarqué, c’est pour capitaliser dessus et surfer sur la hype naissante. Pourtant, ce n’est guère le cas ici, puisque moins de 18 mois après le remarquable “Dogrel”, les Irlandais de Fontaines D.C. sont de retour avec un 2nd effort intitulé “A Hero’s Death”, qui s’avère être l’antithèse parfaite du précédent.
Tendu et souvent morose, “A Hero’s Death” nous propose une autre vision du groupe originaire de Dublin. Bien sûr, vous y retrouverez par moments le chant agité et le son post-punk incendiaire et sans fioritures découverts sur “Dogrel”, mais cette fois, l’identité musicale du quintet mené par le chanteur Grian Chatten se ramifie et explore une palette sonore bien plus variée, et souvent bien plus sombre.
Credits Photo : © Rolling Stone
On sent cette nouvelle orientation dès les premières notes, puisque là où “Dogrel” débutait avec le hit punk frénétique et optimiste “Big” en guise de déclaration d'intention gargantuesque, le titre d’ouverture de ce nouveau disque “I Don’t Belong” est une réfutation maussade et pessimiste portée par un Grian Chatten plus provocant que jamais.
Credits Photo : © Rock Alternative News

UN DISQUE ENTRE OPPRESSION & FASCINATION

Sur le plan musical, l'ambiance a également changé. Des atmosphères enfumées tourbillonnent dans “Love Is The Main Thing”, tandis que les percussions de “A Lucid Dream” et de la piste-titre provoquent un sentiment oppressant et en même temps étrangement enivrant. “A Hero’s Death” est incontestablement un disque plus sinueux, les titres aux accointances shoegaze “You Said”' et “Oh Such A Spring”' aidant à entretenir ma fascination constante à son égard.
Credits Photo : © The Face
Mais que les fans de “Dogrel” se rassurent, on retrouve tout de même quelques instants furieux de premier ordre, à l’instar de “Televised Mind”, single gorgé de guitares et de percus tournoyantes, ou également de “Living In America”, titre passionnément bruyant, chaotique et décousu, sans cesse au bord de l'effondrement. Les chansons ne sont pas moins urgentes, mais là où “Dogrel” était triomphant et plein de vie, “A Hero’s Death” sonne juste, lourd et anxieux, presque paranoïaque.
Credits Photo : © Guitar.com
Tandis que le lent et sombre “You Said” est un moment fort de l’album, la piste-titre “A Hero’s Death” renoue avec les anciennes valeurs du groupe à travers son côté accrocheur et direct, où l’influence des Beach Boys infuse le morceau, malgré un côté plus sombre et plus atmosphérique. Puis l’obscurité se dissipe quelque peu sur le grand et lumineux “I Was Not Born”, qui rappelle les mélodies élancées du groupe écossais Frightened Rabbit, et sur le titre rêveur “Sunny”, où vous pourrez vraiment sentir l’influence de Brian Wilson.
Credits Photo : © Rock Alternative News

UNE ASCENSION FULGURANTE POUR FONTAINES D.C.

En conclusion de l’album, “No” semble être en conversation directe avec l’ouverture “I Don't Belong” & sa volonté d’indépendance, et témoigne de l’évolution du groupe tout au long du disque. En effet, les Fontaines D.C. qui ont écrit et composé “No” semblent être plus matures et plus sages que ceux qui ont déclaré « I Don’t Belong To Anyone » 10 pistes plus tôt. Si “Dogrel” nous a confirmé que Fontaines D.C. peut être grand, “A Hero’s Death” nous montre qu’ils peuvent être ce qu’ils veulent, poursuivre leur ascension fulgurante sans pour autant perdre en pertinence.
Credits Photo : © NME
Par les temps qui courent, les groupes de rock ne sont plus censés devenir grands et tenir le haut du pavé, mais apparemment, personne n’a prévenu Fontaines D.C…. A travers son mélange vivifiant d'énergie brute et d’un sens de la poésie typiquement irlandais, le jeune quintet de Dublin nous propose avec “A Hero’s Death” une oeuvre érudite et éloquente, qui ne manquera pas de faire parler.
Credits Photo : © Sound Of Brit
D’après les dires des principaux intéressés, le succès de “Dogrel” les a presque détruits. Les voici de retour en pleine forme avec des hymnes écorchés, nuancés et d’une grande complexité, qui flirtent parfois avec l’autodestruction. Même si Grian Chatten déclarait avec fureur vouloir devenir “Big”, je pense que même lui n’avait pas prévu qu’en à peine 2 LP, Fontaines D.C. allait devenir l’une des références du rock contemporain.
Credits Photo : © Rock Alternative News
A travers ce 2nd opus, c’est comme si les membres du groupe nous exhortaient à sombrer dans l’oubli et à tuer nos idoles, même s’ils sont précisément ces idoles. Usant de la métaphore jusque dans sa pochette, ce “A Hero's Death” est l'œuvre d'un groupe en pleine ascension qui, cette fois, assume pleinement la complexité de son identité musicale. Le Fontaines D.C. de “Dogrel” est mort, place à la renaissance de “A Hero’s Death”. Et ensuite ? Que restera-t-il de nos amours avec le groupe irlandais à l’avenir ? Nul ne le sait encore… Mais a minima ce put*** de grand disque !


La Note de Manu : 9/10

“A Hero’s Death” de Fontaines D.C., LP 11 titres sorti le 31 juillet 2020 chez Partisan Records.

Tracklist :

1. I Don’t Belong (4:31)

2. Live Is The Main Thing (3:54)

3. Televised Mind (4:10)

4. A Lucid Dream (3:54)

5. You Said (4:37)

6. Oh Such a Spring (2:33)

7. A Hero’s Death (4:18)

8. Living In America (4:57)

9. I Was Not Born (3:49)

10. Sunny (4:53)

11. No (5:09)

Credits Photo : © Happy Mag

FONTAINES D.C. EN TOURNEE EUROPEENNE EN 2021


Si nous avions été partagés lors du set du groupe insulaire en novembre dernier au Bataclan - du fait, notamment, de sa relative brièveté - Fontaines D.C. avait encore une fois exercé une fascination étrange sur un public - à notre instar - entièrement acquis à sa cause.

Credits Photo : © Rock Alternative News
Setlist Fontaines D.C. @ Le Bataclan / 10.11.2019 - Credits Photo : © Rock Alternative News

Entre intensité, facilité et frustration, on est ressorti de la salle secoués et heureux mais pas complètement comblés. Un mélange étrange de sensations qui nous fera retourner à coup sûr à leur prochain concert, pour espérer comprendre cette attraction que les irlandais inspirent sur scène. Et ça tombe bien car Fontaines D.C. viendra - si tout va bien ! - défendre ce “A Hero’s Death” sur les scènes de France au printemps prochain, le 29 mars à l'Aéronef de Lille (59) ou le 1er avril à l'Olympia (75). Promis, on y sera… et on vous dira tout !
Tournée européenne 2021 - Source : © Facebook Officiel Fontaines D.C.


Manu de RAN

jeudi 2 juillet 2020

Album Review : "Garage Is Dead" de Clavicule (Sortie le 12.06.2020)

Source : © Facebook Officiel Clavicule
Sonnés par l’annonce surprise de la dissolution de l’un des combos français les plus prometteurs - Kaviar Special - il y a quelques mois, nous avons désormais recouvré nos esprits car l’émergence de “nouveaux” visages de la scène bretonne nous confirme que Rennes est plus que jamais la ville du rock par excellence.

Rennes, « Capitale du Garage »

« On assiste à un retour à l'âge d'or du rock à Rennes, qui a été la Capitale du Rock & du Garage pendant plus de 10 ans dans les années 1970 & 1980 » (Etienne Daho dans "Rock N' Rennes", 2015)

Dans un paysage culturel hexagonal gangrené par les pseudo-artistes à la vacuité intellectuelle & musicale incontestable (on ne citera pas de nom, pour n’oublier personne…), Rennes fait encore une fois figure de petit village gaulois qui résiste encore et toujours à l’envahisseur. Proclamé en son temps “Capitale du Garage” par Etienne Daho, le chef-lieu breton parvient encore à nous régaler en sortant chaque année des groupes au son aussi délicieusement sale que leur avenir est prometteur. Clavicule est de ceux-là.
Credits Photo : © Titouan Massé
Credits Photo : © Alex Lianeris
Fondé sur les braises des regrettés Kaviar Special, Clavicule dégage - à travers le garage aux accents psychés de son 1er LP “Garage Is Dead” - la même hargne et la même énergie bestiale que certaines des institutions du revival garage psychédélique californien, Wand, Ty Segall & Oh Sees en 1er lieu. Mais ce serait profondément réducteur de cantonner Clavicule à cette étiquette “garage psyché” car nos 4 esthètes turbulents lorgnent aussi bien du côté du garage que du grunge, du punk, du surf rock ou du psyché. La piste “My Time”, dopée à l’énergie et à la fureur des musiciens, illustre cela à merveille.
Credits Photo : © Arthur Menard
Ce qui frappe avant tout à l’écoute de “Garage Is Dead”, c’est ce rock garage brut, massif mais néanmoins élégant aux sonorités 60’s et 70’s, qui convertira sans difficulté tout fan des B.O. de films de Quentin Tarantino. A défaut de voir Michael Madsen arracher l’oreille d’un mec ou Brad Pitt scalper un nazi au son de Clavicule, on se dit à l’écoute de titres comme “CAB” - qui fait souffler un vent rock impétueux au milieu de l’album - ou les survoltés “Wake Up” et “Vertigo” que le réalisateur serait bien inspiré de jeter une oreille du côté de Rennes pour la B.O. de son prochain opus. Quentin, si jamais tu nous lis...
Credits Photo : © Behind The Wall
Et pour ce qui est du reste de l’album, que du bon également. Une alternance de titres explosifs et rageurs tels que l’ouverture “Asshole” ou encore “Special Trip” et de morceaux comme “Today” ou “The Race”, que l’on croirait tout droit sortis des révérées 70’s. A travers ce disque dense et hyper cohérent aux compos soignées - et particulièrement des chansons comme “The Monkey” ou “Jericho” - le quatuor semble donner vie musicalement à une forme très aboutie de la théorie de la déconstruction. Bref, ce 1er opus du combo rennais suinte ces musiques subversives que l’on a trop peu l’occasion d’entendre dans les principaux médias pour éviter de choquer la bourgeoise.
Credits Photo : © Arthur Menard
Certes, le groupe ne révolutionne rien en terme de composition ou de son mais ses membres jouent vite, fort et bien, provoquant une telle déflagration que cela nous fait aisément oublier ses petites imperfections. Après Carambolage - dont nous avions parlé à la sortie de son 1er EP en 2019 - c’est donc désormais Clavicule qui perpétue pour notre plus grand plaisir la tradition rennaise du mélange rageur de musiques abrasives et nous sort de son chaudron un véritable diamant brut. Il ne reste maintenant plus qu’à le polir… Quoi qu’il en soit, à l’écoute de ces 10 pistes de rock aux relents surf et punk rugueux, abrasif et azimuté, on en est désormais certains : musicalement aussi, la Bretagne, ça vous gagne.
Credits Photo : © Arthur Menard
Credits Photo : © Emilie Mauger
Se sont-ils baptisés “Clavicule” à cause des centaines de clavicules qui risquent déclater dans les pogos que leurs prestations scéniques vont immanquablement déclencher ? Ou est-ce tout simplement parce qu’ils ont pris conscience qu’ils portent sur leurs épaules le renouveau du garage rennais ? Il est probable que cette question demeurera encore quelques temps le secret le mieux gardé de Bretagne. Mais peu importe car avec “Garage Is Dead”, Clavicule nous montre que contrairement à ce que son titre suggère, le garage s’est rarement si bien porté… Le garage est mort, vive Clavicule !


La Note de Manu : 8/10
Pochette de l'album "Garage Is Dead" de Clavicule (sortie le 12.06.2020)
“Garage Is Dead” de Clavicule, LP 10 titres sorti le 12 juin 2020 chez Beast Records

Tracklist :
1. Asshole (4:28)
2. Special Trip (2:30)
3. Today (3:29)
4. My Time (3:45)
5. CAB (7:20)
6. The Race (3:41)
7. Wake Up (3:53)
8. Vertigo (4:48
9. The Monkey (2:54)
10. Jericho (6:26)

Credits Photo : © Société Ricard Live Music
Credits Photo : © Titouan Massé
Source : © Facebook Officiel Clavicule


Manu de RAN