mardi 13 octobre 2020

Live Report: POGO CAR CRASH CONTROL Release Party Trabendo 16 septembre 2020


Les concerts organisés par le Supersonic sur la terrasse du Trabendo dans le cadre des soirées Take Me Out ont décidément rameuté la crème du rock hexagonal. Ce soir du 16 septembre, c’est en effet les Pogo Car Cash Control, ce qui se fait de mieux en termes de grunge-core / hardcore français qui investissent la terrasse du Trabendo en ce 16 septembre 2020 pour la release party de leur nouvel opus «Tête Blême» qui sort dans les bacs et ailleurs le 18 septembre. Ce second album des franciliens nous arrive deux ans après leur premier album, « Déprime Hostile », qui avait secoué le rock hexagonal, ainsi que les têtes de leur public chevronné. Deux années qui ont été mises à profit par le groupe pour se construire une solide réputation en live, avec plus de 200 concerts et autres festivals comme le Hellfest, excusez du peu. C’est donc avec l’écoute du nouvel album que la soirée commence. Et là, on se dit ça va faire mal ce soir ! Si les titres ont certainement gagné en épaisseur, alliage efficace de grunge et de métal, ils n’en sont pas moins percutants et tabassent toujours aussi fort ! Ça va pogoter c’est sûr ! En prévision on s’installe donc sur la gauche de la scène afin d’éviter la zone de turbulence maximale. Les 12 titres de l’album avalés on se prépare à la première partie assurée ce soir par les MSS FRNCE. Pour tout savoir sur le nouvel album des Pogo Car Crash Control, je ne saurais que trop vous conseiller la rubrique de notre chroniqueur Manu sur le blog de Rock Alternative News.
Nous attendons donc le début des hostilités de ce soir avec le groupe MSS FRNCE (prononcez Miss France bien évidemment) qui se fait attendre. Le temps passe mais rien ne se passe, et on se rend compte qu’il manque un des musiciens, le guitariste plus exactement, qui risque en effet de faire cruellement défaut. Probablement que celui-ci aura été retardé sur un plateau de télévision s’il officie toujours en tant qu’ingénieur du son comme c’était le cas il y a quelques années. Quand le musicien arrive enfin, un set endiablé commence. L’énergie est là, celle des musiciens bien sûr mais celle du public également. Les paroles sont hurlées, pas vraiment compréhensibles il faut l’avouer. Le quatuor parisien nous envoie ses compos débitées à la hache dans les gencives. C’est du punk hardcore, c’est agressif, c’est expéditif, les titres font moins de 2 minutes, ça va à 100 à l’heure et ça déménage vraiment, c’est indéniable. Mais ça manque un petit peu de relief tout de même. Le chant gagnerait à être plus nuancé, sans pour autant perdre l’intention et l’impact, pour arriver à nous convaincre totalement. Nul doute qu’ils en sont capables, encore faut-il qu’ils le veuillent...
C’est enfin le temps pour Pogo Car Cash Control de monter sur scène, on s’impatiente car cela fait un bon moment que nous avions investi les lieux. Jolie entrée en matière, afin que les musiciens se mettent en place, avec une reprise du thème du film Halloween de John Carpenter. Cela nous met dans l’ambiance : tremblez, il va y avoir du sang ce soir ! Et en effet, le titre suivant « l’Odeur de la Mort » porte bien son nom, et met toute la terrasse du Trabendo à feu et à sang ! Difficile en effet de contenir le public même en cette période de pandémie. Ça pogote dans tous les sens assez rapidement. Et ce n’est pas le titre suivant qui pourra calmer les choses ! C’est en effet le titre éponyme du premier album du groupe, « Déprime Hostile », qui nous est envoyé comme un direct en pleine face. Le groupe est incontestablement toujours aussi efficace en live, le confinement et les restrictions n’ont en rien émoussé leur rage et leur fureur sur scène.
. Les P3C enchaînent ensuite avec 5 titres du dernier opus, et on peut en apprécier en live l’efficacité. « Le Ciel est Couvert » bénéficie d’un excellent riff de guitare, tandis que « L’Histoire se Répète » s’inscrit comme un vrai titre metal d’excellente facture, et « Miroir » est interprétée à cent à l’heure. Le public ne s’y trompe pas et les barrières, non fixées au sol, subissent les assauts répétés de celui-ci. A plusieurs reprises, elles manquent de se renverser, menaçant d’écraser les photographes qui s’affairent de l’autre côté. On tremble pour eux !
Les musiciens sont à fond. Ils sont heureux d’être là, devant un «vrai» public, pour défendre leur nouvel album. Ils veulent faire un sort au quasi-sevrage de concerts depuis le mois de décembre. Loal tabasse sa basse, Simon défonce ses futs, Louis et Olivier maltraitent violemment les cordes de leurs guitares. Le set défile sans vraiment nous laisser souffler. Et on croit avoir une petite pause avec une des nouvelles chansons « L’intérieur de ton corps » avec son rythme lancinant, dans le plus pur style grunge. Mais à peine les 3 min du titre expédiés qu’on enchaine sur « Qu’est-ce qui va pas ? » plus rageur que jamais. Mais pour nous tout va bien, on profite, on profite… nous aussi on a été sevrés pendant des mois ! « Tête Blême » le titre éponyme du nouvel album qui vient ensuite, est incontestablement une des meilleures chansons, celle de la maturité de ce grunge nouvelle génération, et dont la version live ne déçoit pas. On voit d’ailleurs poindre les premiers crowdsurfings depuis longtemps. Elle deviendra probablement un des hymnes du groupe. « Trop Défoncé » clôture la série de titres du nouvel album, comme elle clôture l’album d’ailleurs. Le set se termine par « Crève » la chanson emblématique des P3C, celle qui vous achève avec son énergie improbable, qui vous martèle les tympans et qui vous impose le pogo par son rythme effréné.
Après quelques instants le groupe revient pour le rappel et nous assène « L’ego dans les chiottes » pour conclure avec « Conseil » visiblement attendus par une partie du public qui la reprend en chœur. Un concert qui aura donc tenu toutes ses promesses et qui, s’il n’aura pas vraiment respecté les consignes sanitaires liées à la pandémie actuelle, aura permis au public de s’éclater joyeusement sur le meilleur grunge core français du moment !

Setlist 
1. Halloween Theme 
2. L'odeur de la mort 
3. Déprime hostile 
4. Seul à tomber 
5. Pourquoi tu pleures 
6. Le ciel est couvert 
7. L'histoire se répète
8. Miroir 
9. Paroles/M'assomment 
10. Comment lui en vouloir 
11. Rancunier 
12. L'intérieur de ton corps 
13. Qu'est-ce qui va pas ? 
14. Tête blême 
15. Trop défoncé 
16. Crève 
Rappel: 
17. L'ego dans les chiottes 
18. Conseil


Jean O de R.A.N.

dimanche 4 octobre 2020

Live Report : WE HATE YOU PLEASE DIE au Trabendo le 17 Septembre 2020

 

La Terrasse du Trabendo nous a encore une fois fait plaisir en accueillant un des groupes les plus prometteurs de la scène garage/punk/rock alternatif française, les Rouennais de We Hate You Please Die. Même si leur nom au premier abord n’inciterait pas à les fréquenter, ils font partie des jeunes groupes français à découvrir absolument si vous ne les connaissez pas encore. Armés d’un premier album intitulé fort à propos « Kids are Lo-fi » sorti en octobre 2018, les Rouennais ont déjà participé à Rock en Seine en 2019, et ont déjà foulé un sacré nombre de salles renommées comme La Boule Noire et La Maroquinerie à Paris, La Laiterie à Strasbourg, le Rex à Toulouse et d’autres. Ayant loupé leur passage à La Boule Noire en février, nous étions bien décidés et confiants de les voir de nouveau sur une scène parisienne. Le COVID19 s’étant malencontreusement invité en 2020, nos certitudes avaient bel et bien disparues jusqu’à l’annonce de leur passage sur la terrasse du Trabendo, concert organisé par le Supersonic dans le cadre de leurs soirées Take Me Out.

TAPEWORMS Trabendo 17/09/2020 crédit photo Rock Alternative News

Nous rejoignons donc le Trabendo en ce jeudi 19 septembre, avec un temps quasi idéal, il fait chaud mais pas trop, le ciel est dégagé… Pas encore trop de monde au moment de notre arrivée, le public arrivera plus tard, après la première partie pour un bon nombre, et la terrasse affichera complet finalement. La première partie est assurée d’ailleurs par Tapeworms, trio lillois qui délivre une musique qu’on pourrait apparenter à du shoegaze s’il fallait les classer dans un genre. Le chanteur nous avoue que cela fait 7 mois qu’ils n’ont pas joué ensemble. Cela peut expliquer un petit sentiment d’inachevé qui se dégage du set. L’ensemble est sympathique, certaines compositions sonnent de façon intéressante, mais on reste sur sa faim, pas totalement convaincus. C’est peut-être aussi lié au chant qui ne se dégage pas assez de l’ensemble musical, même si cela est probablement volontaire compte tenu du style de musique, ou ne semble pas tout le temps juste. Un set agréable mais pas totalement convaincant donc.

We Hate You Please Die - crédit photo Rock Alternative News

L’ambiance va alors bien changer avec les We Hate You Please Die. Le groupe a en effet visiblement décidé d’en découdre aujourd’hui. Et ça commence avec la bien nommée « Rita Baston » que le groupe nous assène direct. Il ne faut pas très longtemps au public pour se chauffer. La terrasse du Trabendo est maintenant totalement remplie. Et ce n’est pas la chanson suivante « Got The Manchu » qui calme le jeu, ni la nouvelle chanson, à ce qu’on comprend, « Street Of Rage » au rythme toujours aussi effréné qui, si elle n’est pas forcément originale, elle nous rappelle une autre chanson de leur répertoire, est diablement efficace. Il ne faudra pas attendre très longtemps pour que Raphaël le chanteur ne descende de la scène pour investir le petit espace aménagé entre celle-ci et le public séparé par de petites barrières, non fixées au sol précisons-le. Il ne s’arrêtera pas en si bon chemin d’ailleurs. Un peu plus tard dans le set il revêtira son masque blanc, tel un Zorro en négatif, pour se joindre à la foule, qui, petit détail à divulguer, pogote joyeusement depuis quasiment le début du set. Raphaël ralliera donc à son masque blanc la foule qui, malgré le bon exemple donné par le chanteur, a pour, une bonne partie en tout cas, oublié d’arborer le fameux symbole de la rentrée 2020 ! Bon, on essaiera de ne pas trop leur en vouloir, mais ceux qui le portent montrent par là même que tout est possible et qu’on peut s’amuser masqués. 

We Hate You Please Die - crédit photo Rock Alternative News


We Hate You Please Die - crédit photo Rock Alternative News

Nous aurons droit à un petit plantage de Raphaël, qui sous le coup de l’émotion de retrouver le public ce soir, nous présente la chanson « Barney » et finalement nous envoie « Vanishing Cops », un titre moins connu mais bien intéressant tout de même. Mais le groupe rouennais ne fait pas que des titres qui bougent et nous font pogoter, leur son est plus riche que ça, c’est ce qui les rend aussi intéressants. On ondule de plaisir sur « Figure It Out » et son rythme presque lancinant, avec une basse qui vous vrille positivement les tripes. Un titre qui finit dans un crescendo, une apothéose, quasi cacophonique mais tellement belle ! A la fin on se dit « putxxx que c’est bon ça ! ».

We Hate You Please Die - crédit photo Rock Alternative News

Et ils vont continuer à y mettre tout leur cœur dans ce set avec notamment « Melancholic Rains », sur laquelle Raphaël exprime toute la diversité de son chant, avec son changement de tempo, le calme annonçant la tempête d’un véritable hymne punk. Ils prennent du plaisir à rejouer devant un public conquis, ça se voit. Raphaël nous lâche un « Putain c’est bon …. Et bientôt ça ira mieux » avant de se reprendre et de réaliser qu’il n’en sait rien finalement, parce que c’est sa première pandémie ! Eh bien nous non plus on n’en sait rien, alors du coup on profite de l’instant présent avec toute l’intensité qu’une longue frustration a provoquée. Le set se termine en beauté avec un titre de leur dernier EP sorti il y a quelques mois « Coca Collapse », enchaîné avec « DSM6 » pour finir sur le titre éponyme du nom du groupe, dont Raphaël nous laisse toute liberté d’interprétation (pour ma part je ne peux m’empêcher de penser que c’est en l’honneur de Donald Trump, mais bon…), « We Hate You Please Die ». Final extraordinaire, Raphaël se laissant complètement submerger par l’émotion, après un petit crowdsurfing dont nous ne parlerons pas trop en ces temps de pandémie, et Mathilde massacrant joyeusement et consciencieusement ses cymbales à la fin du titre. 


crédit photo Rock Alternative News

Un set plein de fougue et de sincérité qui nous aura amenés aux sommets du plaisir de la musique live qui nous manque tant en ce moment, et nous aura conforté dans la certitude que We Hate You Please Die a un potentiel énorme et ne devrait pas tarder à complètement exploser sur la scène indé, grâce à la richesse de ses compos et ses performances live extraordinaires. A la revoyure les amis et longue vie à vous et au rock’n roll que vous continuez à perpétuer de bien belle manière !

We Hate You Please Die - crédit photo Rock Alternative News



Setlist

Rita Baston
Got the Manchu
Street of Rage
Structure
Kill Your Buddy
Minimal Function
Vanishing Cops
Barney
Figure It Out
Luggages
Terminal
Melancholic Rain
Coca Collapse
DSM6
We Hate You Please Die

Jean O de RAN




 


jeudi 24 septembre 2020

[INTERVIEW] Alista : "Je voulais juste me faire plaisir en faisant la musique que j'aime"


Le premier ep d'Alista est sorti le 10 juillet dernier, et est passé casi inaperçu pendant cet été caniculaire. Mais par chance, nous sommes tombé par hasard sur le teaser de ce premier ep incroyable, qui va plaire à tous les fans de post grunge des '90s. Cet ep vous fera certainement pensé aux 2 premiers albums des Foo Fighters, et comme Dave Grohl, Julien était batteur dans 2 groupes avant de se lancer dans ce projet solo. Donc, on ne pouvait pas garder pour nous cette terrible découverte, qui nous a emballée dès les premières secondes d'écoute. Voici l'interview de Julien alias Alista, multiinstrumentaliste et quelques titres de son ep à écouter dans l'interview avant de vous diriger sur sa page Bandcamp.

RAN : Salut Julien comment tu vas ?

Julien : Impeccable merci et toi ?!

Ça roule de mon côté. J'ai découvert ton projet par hasard sur instagram le mois dernier avec une vidéo, et j'ai été scotché dès les premières secondes d'écoute ...

Merci mec ! Apparemment ce teaser est efficace, ça m'a ramené quelques abonnés sur Instagram, c'est cool!

Donc, tu es multi-instrumentaliste et tu joues de tous les instruments sur ton 1er ep 7 titres ?

Affirmatif ! 

Avant de faire ton album solo, tu étais batteur dans dans 2 groupes ?

Exactement, j'ai été batteur dans un duo rock appelé Cherry Bloom avec qui nous avons enregistré deux albums (Secret sounds, et Open & Die), puis dans un groupe qui s'appelait Captain Americano avec qui nous avons fait un EP et un album.

Qu'est ce qui t'as donné envie de faire un album solo ?

Quand nous avons arrêté avec Captain Americano, j'ai tenté de faire quelques recherches pour jouer dans un autre groupe, mais je n'ai pas trouvé chaussure à mon pied. Le truc c'est que je suis assez difficile... J'ai besoin d'un réel coup de coeur ! Tu vois ce que je veux dire ?
J'avais quelques idées de morceaux dans un coin, alors je me suis dit ok, plutôt que de chercher un groupe qui me botte pendant des plombes, je vais faire mes chansons à moi. Je vais faire uniquement ce qui me plaît avec personne pour me dire "tiens j'aurais bien mis un solo ici" ou "tiens on devrait rajouter un break là"...
Je voulais juste me faire plaisir en faisant la musique que j'aime.

Quel est l'instrument dont tu a appris a joué en premier ?

J'ai commencé à apprendre la guitare vers l'âge de 7 ans. Puis je me suis intéressé d'avantage à la batterie vers l'âge de 10 ans. Je suis un autodidacte donc j'ai vraiment bossé à mon rythme, c'est à dire assez tranquillement !


Quand as-tu enregistré ton ep ?

Entre l'année dernière et cette année. À l'origine j'avais enregistré le double de chansons, mais l'autre moitié n'était pas assez potable à mes yeux.

Pour un premier ep, tu as enregistrer au Batcave Studio à Paris, mais tu l'as fais mixer et masterisé par Octave Zangs à Portland aux États-Unis ...

Tout à fait ! Octave est un ami de longue date, c'est avec lui que nous avons monté Cherry Bloom. C'est non seulement un excellent musicien mais c'est aussi un As en matière de son. C'est lui qui s'occupait des enregistrements, du mixage et du mastering de nos albums. C'est un mec ultra polyvalent ! 
Il vit aux US depuis quelques années, il a gentiment proposé de me filer un coup de main. Je ne pouvais pas refuser! Nous nous connaissons très bien musicalement, je savais que le rendu serait impeccable. Il connaît mes goûts mieux que personne d'autre !


Vas tu trouver des zikos pour te produire en live ?

J'y réfléchis. Avec ce qu'il se passe en ce moment de toute façon, la question du live n'est pas ma priorité... malheureusement !

On sent une petite influence des Foo Fighters. Est ce un groupe majeur pour toi ?

Oui mais essentiellement les deux premiers albums du groupe. J'ai lâché un peu après... Ça sonnait pas assez 90's rock pour moi! 

Tu écoutes quoi en ce moment ?

En ce moment je me tape un délire old school! J'écoute beaucoup les Kinks, les Youngbloods ou Jefferson Airplane.


Quelle a été ta dernière grosse découverte ou ton dernier coup de coeur ?

Un groupe qui s'appelle Violet Soda, ils sont Brésiliens je crois. C'est Matt Bigland qui m'a fait découvrir ça ! Il avait partagé une de leur chanson sur Instagram en même temps qu'une des miennes ! Trop la classe !


On peut retrouver ton ep sur Bandcamp, mais aussi sur toutes les autres plateformes de streaming. Qu'elle avantage il y a pour un artiste indé d'être sur ces plateformes de streaming ?

Ça offre une certaine visibilité qui n'est pas négligeable. Pouvoir partager sa musique gratuitement et partout reste le meilleur moyen de se faire connaitre un peu aujourd'hui. Enfin je pense. 

Peut-on espérer avoir l'EP en physique dans un futur plus ou moins proche ?

Rien ne me ferait plus plaisir que de tenir mon bébé dans les mains ! Malheureusement, c'est inutile pour l'instant... mais je ne suis pas contre y réfléchir prochainement !

Y aura t'il une suite à Home Alone ?

J'ai quelques nouvelles idées que j'ai maquetté à l'arrache. Je vais voir ce que je peux en faire...


Merci Julien d'avoir répondu à nos questions 



Venez découvrir l'ep 7 titres d'Alista sur Bandcamp, ici


Gian, septembre 2020

jeudi 10 septembre 2020

[Interview] Baptizein, musicien et intermittent du spectacle : "dès l’annonce prise par le gouvernement, j’ai pris ça comme un coup de massue"


16 mars 2020, la France se confine face au Covid 19 qui s'abat sur le monde. Les gens doivent rester chez eux pour leur sécurité, et celles de leurs aînés. Tous les rassemblements, quels qu'ils soient, sont interdits jusqu'à nouvel ordre. L'activité musicale est frappée en plein coeur, car pour vivre, elle doit se produire live, devant un public. Nous avons donc, posé quelques questions à Baptiste Béthune alias Baptizein, artiste ardennais, mais aussi intermittent du spectacle, comme beaucoup d'autres dans ce milieu. 


RAN : Salut Baptiste, comment tu vas depuis la dernière fois que l'on c'est vu, sur L'Ardenn' Rock Festival* l'année dernière ?

Baptizein : Ça va, on fait aller…j’essaye de rester positif...

Si on t'as contacté, c'est pour parler de la situation actuelle dû à la pandémie depuis le mois de mars. Toi, comme beaucoup d'autres dans le secteur de la musique, tu es musicien et intermittent du spectacle. Quelle a été ta réaction lorsque le gouvernement a interdit, jusqu'à nouvel ordre, toutes les représentations qu'elle qu'elle soit depuis début mars ?

Pour tout te dire, dès l’annonce prise par le gouvernement, j’ai pris ça comme un coup de massue. en espérant que ce ne soit pas trop long. Mais là, ça commence à faire long.

Quand tu as entendu parler pour la première fois de l'épidémie, comme nous tous en début d'année en Chine, pensais tu aux répercussions mondiales que ça allait causer ?

Dès le début de l’épidémie en Chine, je ne pensais pas que cela aurait pu arriver jusqu’à nous aussi vite. Le 1er pays Européen fort impacté fut l’Italie et là je me suis dit « On ne va pas y échapper malheureusement."

Baptizein sur scène lors de l'Ardenn'Rock Festival en 2019. Photo : Dark Room

En tant qu'artiste, tu peux en profiter pour composer ou prendre un peu de recul, si tu n'as pas de concerts ou d'enregistrements au programme. Mais en tant qu'intermittent, comment tu as pût faire face à cette interruption d'activité ?

Depuis cette situation, je me suis fait un petit studio chez moi, il me manque des choses mais je peux bricoler…
Je touche heureusement des indemnités chômage grâce au statut intermittent.

Est-ce que l'état a vite réagit pour le secteur du spectacle ?

Ils ont réagit bien sûr, mais les annonces restent confuses. Nous attendons avec les textes officiels le prolongement de nos indemnités.

Le nouveau premier ministre a repoussé à fin octobre, toutes les représentations de plus de 5000 personnes, peut-être que les petites salles indépendantes vont pouvoir tirer leur épingle du jeu grâce à de petits concerts. Mais est-ce que ces concerts seront rentables ?

Déjà que le secteur tire la sonnette d’alarme, en plus des annonces gouvernementales peu claires, je ne vois pas pour l’instant des concerts rentables...

Donc les représentations de plus de 5000 personnes ne peuvent pas reprendre, mais on voit au Puy du Fou, 9 000 spectateurs amassés sur les tribunes, et ils vont monter jusqu'à 12 000. Foutâge de gueule, ou est-ce que les équipes du Puy du Fou arrivent à gérer les spectateurs et bien évidemment leur sécurité ?

Je trouve que le gouvernement n’est pas logique en plus d’une situation très complexe. Pour tout t’avouer je ne comprends pas l’histoire du Puy du Fou...

On t'as vu participer à la "réouverture" de la Cartonnerie de Reims pour un DJ set, avec également Chester Remington au programme, le 19 juin dernier. Comment c'est passée cette soirée ?

Ça m’a fait super plaisir que la Cartonnerie me propose de faire un DJ set. Ce n’était pas évident pour eux d’organiser tout cela. Ils ont su relever la tâche en mettant des tables et des chaises (personne debout bien sûr) devant la scène, tout le monde masqué, geste de distanciation…
C’était cool mais court, 23h terminé!

Photo prise lors du DJ set de La Cartonnerie. Photo : Insta Baptizein

Est-ce que les gestes barrière n'ont pas été trop compliqués à appliquer pour le public lors de cette soirée ?

En général, tout le monde a respecté. Mais j’ai des gens qui sont venus me voir de très près pour réagir sur mon Set...

On va parler un peu de toi en tant que musicien, tu nous prépare des choses pour les semaines ou mois à venir ?

Je suis en composition de nouveaux titres que je bricole dans mon petit Home Studio

Comment vont les membres de ton groupe ?

Alors je ne suis plus en groupe actuellement. J’ai déjà essayé une formule solo avec une boîte à rythme, petit clavier et guitare. Ai fait 2 concerts en fin d’année dernière à la Plaque Tournante, aux Rockeurs ont du Coeur. En début d’année ai joué à Lille. Voilà j’essaye un nouveau truc…on verra bien.

Merci Baptiste d'avoir répondu à nos questions pour RAN. 


Découvrez son dernier clip solo, ci-dessous.



Retrouvez le avec ses Secret Yolk sur Bandcamp, ici.

Ecoutez le dans le podcast de l'émission Totalement Rock, 
du mois de mars 2018, là.


Baptiste et moi, lors de l'émission Totalement Rock de mars 2018. Ma première émission enregistrée.




*On rend hommage à Benjamin Camus, bénévole sur le festival Ardenn'Rock depuis plusieurs années, qui nous a quitté le mois dernier, nos pensées vont à sa famille et ses proches. RIP BEN

Ben lors de l'éditon 2019 de l'Ardenn'Rock Festival. 
 



Gian, septembre 2020.

dimanche 6 septembre 2020

Live Report : Bandit Bandit et Cheap Teen live au Trabendo le 20.08.20

 

Le temps a suspendu son vol le 7 mars 2020. En tout cas pour moi. C’est le dernier concert, au 1999 à Paris, les Anglais de King Nun. Après les Américains d’Algiers le 5 mars. Ensuite, eh bien une succession d’annulations avant que tout ne soit figé en ce funeste 17 mars. Enfin, figé si on peut dire. Le virus balaye tout sur son passage, en tout cas dans le monde du spectacle et donc des concerts. Inexorablement les reports et les annulations se succèdent. On commence à en savoir un peu plus, enfin on apprend en marchant je dirais, sur ce satané virus présenté au départ comme un petite grippette. Et on commence à comprendre que le printemps et l’été qui auraient dû être riches de beaux concerts et festivals vont se transformer en une désespérante et déprimante disette ! 

Dans ce contexte morose, l’annonce du Supersonic associé au Trabendo, pour un concert de Bandit Bandit en extérieur sur la terrasse du Trabendo nous a fait chaud au cœur. Souvenez-vous, le concert prévu au Point Ephémère le 24 mars avait été reporté au 16 juin pour finalement être annulé. Cela faisait donc chaud au cœur de se dire qu’on allait finalement les retrouver en 2020, qu’on n’avait pas à attendre 2021 pour ça, merci le Supersonic et le Trabendo ! Il faut dire que leur prestation en première partie de Last Train au Trianon le 6 novembre 2019 nous avait totalement convaincu de continuer de suivre le groupe. Bandit Bandit, c’est tout d’abord un duo composé de Maëva et Hugo (par ailleurs membre de l’excellent groupe Kursed), aussi en couple à la ville, qui ont été rejoints par Ari et Anthony.

La première partie est assurée par Cheap Teen un groupe tendance punk de Maison Alfort en région parisienne. Et c’est la bonne surprise de la soirée. Nous avions un peu écouté ce qu’ils avaient fait précédemment, du punk énergique, efficace et agréable, mais rien de révolutionnaire en fait. Le bassiste arbore un T-shirt des Idles, ce qui est plutôt de bon augure. Et nous découvrons en effet des compositions beaucoup plus sophistiquées que les titres comme « Mainstream Music » ou « No ! Of Course » de leur premier EP. L’énergie est toujours là, l’influence punk aussi, mais les titres sont plus construits avec des changements de rythmes intéressants, les sonorités des guitares sont plus recherchées. Une évolution bienvenue qui situe maintenant les Cheap Teen dans le paysage des groupes hexagonaux intéressants à suivre.


Après cette excellente entrée en matière, les 3 musiciens de Bandit Bandit arrivent sur scène sans Maeva et entament l’intro du titre « Néant » avec ses basses bien lourdes qui prennent aux tripes. Au bout presque 2 minutes Maeva arrive enfin sur scène et nous envoute tout de go avec sa voix suave. Comme d’habitude Maeva ne fait pas que chanter, elle exprime sa musique par son corps tout entier. C’est une véritable transe qui nous transporte dès ces premières minutes de concert. Il faut dire que le rythme martelé par Anthony y est aussi pour beaucoup. C’est presque tribal, une sorte de rituel venu du fin fond des âges. Nous sommes entrés dans une autre dimension il nous semble. C’est d’ailleurs le titre de la chanson qui suit. Tout est programmé pour nous emmener dans ce voyage musical ! La température continue de monter. Est-ce la chaleur de ce début de soirée ? Est le virus qui nous a rattrapés ? Mais non suis-je bête, c’est le titre « Fever », qui porte bien son nom, issu de l’EP sorti il y quelques mois, qui est responsable de cette montée en température. Décidemment cette alchimie entre le stoner rock, incontestablement présent au niveau des guitares, et quelque chose de plus « chanson française », au sens noble, comme le faisait Serge Gainsbourg, fonctionne à merveille. Le groupe aussi fonctionne parfaitement ensemble sur scène. Bien sûr le couple, à la ville et sur scène, formé par Maeva et Hugo, est quasi fusionnel sur scène, mais l’alchimie est elle aussi évidente avec Ari le bassiste/guitariste et acolyte d’Hugo dans le groupe Kursed, et Anthony le batteur, ancien élève d’Hugo à la guitare. Maeva est déchaînée sur scène, on dirait un félin surexcité, comme un chat qui se serait pris la patte dans une prise électrique. C’est animal, sensuel, sexy aussi, mais jamais vulgaire malgré la tenue plutôt courte qu’elle porte ce soir. Après « Siamese Love », viennent ce qu’on pourrait appeler les deux hits du groupe avec tout d’abord « Maux » qui décrit si bien le couple formé par Maeva et Hugo, et son rythme lancinant toujours aussi fascinant, suivi de « Pixel » toujours aussi pêchu. 

Changement de style et d’atmosphère avec une nouvelle chanson « La Marée », duo de Maeva et Hugo, avec juste la guitare d’Hugo, qui s’inscrit plus dans la chanson française. Le set se conclut avec « Désorganisé » et « Nyctalope » avec ses changements de rythme et son crescendo qui se termine dans le fracas et les convulsions libératrices. C’est « Tachycardie » qui est joué en rappel, et nous terminons donc le concert dans les spasmes et les soubresauts, en totale communion avec les musiciens totalement habités par leur musique. 

Un excellent concert qui nous aura fait un bien fou. Merci encore au Supersonic et au Trabendo de nous avoir offert ce très beau cadeau. Et merci aux deux groupes de ce soir, Cheap Teen et Bandit Bandit de nous avoir livré de si belles prestations. On en a totalement oublié l’obligation d’être masqués. Obligation que nous aurions d’ailleurs souhaité voir respectée avec plus de rigueur par le public ….



Setlist :

Néant

Dimension

Fever

Siamese Love

Maux

Pixel

La Marée

Désorganisé

Nyctalope


Rappel:

Tachycardie


Jean O de R.A.N.

samedi 15 août 2020

[Interview] : Fátima ... "C’était plutôt une surprise qu’on s’intéresse à cet album ! "



Le 10 avril 2020, alors que le monde tourne toujours mais que la vie s'est arrêtée depuis près d'un mois. Outre-Atlantique, c'est Local H qui nous sort son 9ème album Lifers, et chez nous c'est le trio parisien Fátima, qui nous sort son 2ème opus intitulé "Turkish Delights". Enregistré live avec un son capturé à "la volée", comme de bonnes vieilles démos des '80s/'90s, qui nous fait remonter de très bons souvenirs avec nos compils faites maison, à partir de bootlegs sur nos bonnes vieilles K7. Avec ce deuxième album, chargé en sonorités quelques peux expérimentales, avec des effets sonnant parfois comme de la musique orientale, le groupe vous ramènera à l'essence même d'une musique brute de décoffrage, dépouillée de tout arrangement sur consoles de mixages, ou autres logiciels ultra sophistiqués. Le mois dernier, nous avons eu la chance de les avoir pour une interview exclusive, afin d'en savoir un peu plus sur ce très bon 2ème album que tous les fans de grunge ou de doom devraient posséder. 

RAN : Salut les gars comment allez vous ? 

Il fait chaud, on est masqués, mais depuis le déconfinement on a jamais autant répété et c’est le pied ! 

Votre dernier album en date "Turkish Delights" est sorti le 10 avril dernier, et a été plutôt bien accueilli, autant par les fans que par la presse. Est-ce que vous vous attendiez à un tel accueil ? 

On a vraiment fait cet album dans notre coin entre potes et surtout par passion. On y a mis tout ce qui nous plaisait, nos délires et nos références. On pensait plus que l’album resterait dans un cercle restreint de potes et sur la cheminée des grands parents à côtés de la photo du chien (comme pour le premier album). Donc non, on ne s’y attendait pas du tout. C’était plutôt une surprise qu’on s’intéresse à cet album ! 

Pensez-vous que ce foutu Covid a joué aussi un rôle sur l'accueil de ce second opus ? 

Avec du recul, on pense que le covid a eu un effet positif sur l’album. On a failli reporter la sortie comme beaucoup de groupes. Mais cela faisait trop longtemps qu’on attendait ça. Finalement on a décidé de le sortir avec les gars du label ( le 10 avril, qui sans le savoir, était le jour de l’ascension ) ! On s’est aperçu qu’on était presque les seuls à sortir un album à cette période. Du coup, on a eu un boulevard et beaucoup de monde avait du temps pour écouter de la musique avec le confinement. C’est un pur coup de bluff et un alignement des planètes qui ne se reproduira sûrement pas ! 


En tout cas, moi, ce que je retiens de cette période de confinement en France, de mars à mai 2020, c'est le clip de Patròn: "Who do you dance for", la reprise de Antisocial de Trust par les Fastened Furious et votre album ... 

Ah bah ça fait chaud au coeur ! On ne connaît ni Patròn ni Fastened Furious mais on va écouter ça ! De notre côté le confinement aura au moins permis d’écouter les singles de deux futurs albums qu’on attend beaucoup : « Three Mile Ditch » qui sortira en octobre et le second album acoustique de Buzz Osbourne « Gift of Sacrifice » qui sortira le 14 Août. Il y a aussi nos potes de SEUM (trois français expatriés à Montréal qui font du Doom ; et de CERBÈRE (un tout nouveau groupe de doom / black de Paris) qui nous ont permis de jeter une oreille à leurs prochains albums en exclu, et c’est bien gras des deux côtés ! On a hâte qu’il sortent tout ça dans les mois qui viennent pour que tout le monde puisse en profiter ! 

1 mois après la sortie de "Turkish Delights", vous avez sorti une cover du Quiet Room des Pagan Babies. Vous l'aviez déjà en stock cette cover ou est-ce que vous l'avez enregistrée récemment ?

Oui, cela s’est fait après la sortie de Turkish Delights. Ce n’était pas du tout prévu. Pendant le confinement, faute de pouvoir répéter, on s’envoyait beaucoup de musique entre nous. Dans le lot, il y avait une vieille reprise des Pagan Babies qu'Antoine avait faite il y a presque 10 ans quand le groupe s’appelait Crabs. On s’est amusé à la refaire pour nous occuper. Après quelques prises à l’arrache avec un pc et un téléphone, on trouvait le résultat pas si dégueu. On a décidé de la sortir en bonus avec une pochette faite par Antoine. 





Votre nouvel opus a été enregistré live, avec très peu de prises pour garder l'essence même de vos compos … 

On a passé 5 jours à la Ferme Électrique dans le 77 (super endroit !) pour enregistrer tout l’album d’une traite. Notre premier album avait été enregistré sur une plus longue période à raison de 2-3 morceaux par week-end, là où ce second album a un son beaucoup plus hétérogène entre les morceaux. Vincent nous a proposé de refaire cette méthode de travail qu’on avait déjà faite sur le premier album. Le résultat permet de garder l’esprit concert avec l’énergie live. Le but est que lorsque les gens viennent en concert, ils retrouvent un son qui se rapproche de celui de l’album contrairement aux superproductions qui marchent moins bien en live. 

Entre l'enregistrement début 2019 et la sortie de l'album en avril, il s'est passé 1 an. Que s'est-il passé pendant cette année ? 

Il s’est passé beaucoup de chose. On a d’abord beaucoup joué en Île de France, mais aussi ailleurs. On a aussi peaufiné l’album jusqu’au bout avec le mix, le master, la pochette et trouver un label. Mine de rien cela nous a pris un an. On a eu énormément de refus de labels ! On nous disait, c’est « trop heavy », « pas assez produit », « pas assez à la mode », « vous n’avez pas assez de like », et je ne sais pas quoi ! C’était tout ce qu’il y avait d’emmerdant dans la musique, à savoir le côté market et com qui consiste à vendre un produit plutôt qu’une musique. Aujourd’hui, il faut d’abord prendre des photos, avoir un compte Instagram avec 3000 followers et avoir fait une école de communication pour signer sur un label avant même d’avoir fait de la musique et des concerts. C’est bien triste. On a finalement eu la chance de rencontrer Musikoeye avec qui on partage un certain rapport à la musique et qui nous a donné carte blanche aussi bien sur le mix, la pochette etc..! Et puis sur ce laps de temps il se trouve qu’on a eu le temps de composer un troisième album quasi prêt pour une nouvelle session d’enregistrement ! 

Nous sommes dans une ère où le vinyle a fait son grand retour, de par son esthétique mais surtout pour la qualité du son, et vous, vous débarquez avec un son brut, limite un peu "crade", mais maîtrisé à la perfection. Pensez vous que le succès du groupe passe aussi par votre son (en plus des compos bien sûr) ? 

Perfection c’est pas sûr, mais crade et brut ça nous réussit plutôt bien ! Oui c’est probablement ce qui plaît le plus, en se mariant bien aux compos que l’on joue. Que se soit en répète, sur scène ou lorsqu’on enregistre, on prend notre pied parce qu’on est « nous », totalement lâchés, dans nos instincts, aucun carcan et tout à l’humeur. Si le son est bien réglé avec de bons retours, plus un quotidien qui nous en met gros sur la patate, et plus on se déchaîne. Aussi on ne pouvait tout simplement pas mettre 2000 balles pour sortir cet album sur vinyle. On est complètement amateurs et la thune qu’on met là dedans c’est celle de nos économies perso, donc plutôt limitée. On a donc fait au mieux avec les moyens qu’on avait. L’album n’est pas sorti en vinyle parce que ça coûte une blinde. On n'avait pas les moyens! Même si on adorerait avoir notre vinyle. Cela va aussi dans la production. Idem, on ne pouvait pas se payer un mois de studio avec jacuzzi. Il fallait être efficace avec le peu de temps dont on disposait.

Avoir un son comme ça est vraiment énorme, ça nous renvoie un peu dans des démos des groupes de grunge de la fin des '80s … 

Ce qui est sûr c’est qu’on partage avec Vincent un goût prononcé pour le son des enregistrements de Jack Endino de la fin des années 80’s 90´s. L’exemple le plus connu étant Bleach, mais il y a aussi le premier Album de TAD (God’s Balls) un Ep de Hole, du Mudhoney etc… Et Vincent a une méthode et une approche d’enregistrement brute similaire à Endino, ou Steve Albini, c’est à dire ne pas surgonfler le son en post prod, ne pas faire 25 couches de guitares, peu ou ne pas doubler le chant et enregistrer le morceau en prise live. Et tant pis si ça flottouille et si on accélère sur le deuxième couplet, tant que l’énergie est là. En fait on ne saurait pas trop s’y prendre autrement maintenant. Du piste par piste serait un défi pour nous. On essayera peut être si on le sent comme ça pour tel ou tel morceau avec Vincent. Mais pour l’instant notre méthode habituelle nous va bien. 






Vous bossez avec Vincent Grégorio pour l'enregistrement, depuis vos débuts. Peut-on le considérer comme le 4ème membre du groupe ? 

Oui clairement ! On connaît Vincent depuis un moment maintenant. Depuis le début on enregistre avec lui. C’est toujours génial. Les sessions se passent simplement. Il n'y a pas de prise de tête et il apporte beaucoup de choses au son ! On lui fait totalement confiance sur la manière dont il procède pour enregistrer. On se prend vite au jeu de la prise live avec son côté forcément frustrant en disant qu’on aurait toujours pu faire mieux. On ne voudrait pas forcément enregistrer avec quelqu'un d’autre, par crainte que le courant ne passe pas ou qu’on ne se comprenne pas. Et surtout Vincent a sa patte à lui qu’on reconnaît sur ses productions et c’est très rare! Certains trouvent qu’on gagnerait à avoir un son plus surproduit et net, plus « Doom » et plein d’infrabasses. Je ne sais pas trop, on aime bien ce côté naturel et organique et pas gonflé au botox que Vincent insuffle dans le son studio. Quand on enregistre, Vincent est l’alchimiste qui fait que le mélange des potions fonctionne. 

Est-ce que vous êtes un groupe de grunge ou de doom ? Ou les 2 ? 

Disons les deux, même si on ne sera jamais assez drogués ni assez originaires de la région de Seattle pour prétendre faire du « grunge » et jamais assez lourds et lents et constamment versés dans l’imagerie occulte pour vraiment prétendre faire du Doom ! C’est sûr qu’on entend sûrement plus clairement nos emprunts à Black Sabbath, Electric Wizard, les Melvins, Nirvana et Babes in Toyland, que ceux faits aux Cure, à la Soundtrack de Donkey Kong country, à Warpaint et à System of a Down j’imagine ! Plus sérieusement arrivés en 2020, les genres et sous genres sont tellement variés que ça en devient parfois hermétique et imbitable. Surtout pour trouver des dates lorsque tu débute et que ton style n’est pas immédiatement identifiable. 

Remontons au tout début de votre histoire, comment est né Fatima ? 

On s’est rencontré au moment du lycée dans le 91, il y a maintenant une quinzaine d’années. On a d’abord commencé à jouer dans notre coin puis au fur et à mesure on a monté un groupe. Le premier s’appelait Crabs. C’était du grunge avec une touche de folk en plus, moins énervé que Fatima en fait ! On a fait nos premières compos avec ce groupe. Après quelques années et 6 mois de pause, on a décidé de créer un nouveau groupe toujours tous les trois, c’était Fátima. 

Quel est l'origine du nom du groupe ? 

Cela vient d’un simple voyage au Portugal pendant des vacances d’été. La ville de Fatima est un lieu de pèlerinage. Trois bergers auraient vu la vierge. Celle ci aurait dicté trois secrets... On trouvait que cette référence collait bien à l’ambiance de notre musique assez cryptique et puis Fa-ti-ma c’est trois syllabes qui sonnent bien ! 

Quels ont été les premiers groupes qui vous ont donné envie de faire de la zik ? 

Les groupes qui nous ont donné envie de monter un groupe sont sans surprise Nirvana, Killing Joke, Black Sabbath, Les Melvins et Babes in Toyland. Avant de découvrir ces groupes, on avait les pires goûts de chiottes et on n’envisageait pas de faire de la musique dans un groupe ! 

Comment ça se passe pour la composition chez Fatima. Est ce un travail de groupe, ou l'un arrive avec le squelette d'une chanson et l'écriture se fait tout autour? 

C’est plutôt simple ! A chaque fois Antoine vient en répétition avec le squelette d’une chanson qui comprend généralement une introduction, les couplets et les refrains avec le chant. Ensuite on triture le morceau dans tous les sens pour aboutir à quelque chose qui nous plait à tous les trois. Si un des trois n’est pas convaincu, le morceau part aux oubliettes ! 


En plus de faire de la bonne zik, vous avez la particularité de faire vous même vos pochettes d'albums, vous les fabriquez avant de les prendre en photo … 

Oui nous faisons nos pochettes nous-mêmes, là encore avec les moyens du bord. Toutes les illustrations, sculptures, décors sont réalisés par Antoine (alias Gnocchi Dolce, son site internet, ici), les peintures de figurines par JC et la photo par Maxime. On travaille ensemble à la conception, et puis surtout ça nous éclate de faire ça en plus de la musique. On fait ça ensemble et ça donne l’impression de bosser sur un film en stop motion...bon sans l’animation hein ! 

Vous écoutez quoi en ce moment ? 

(Cliquez sur les noms ci-dessus pour vous diriger vers les vidéos)

Que pensez vous de notre scène indé actuellement ? 

On ne connaît la scène qu’au travers des lives et des tournées qu’on a pu faire, et des groupes qu’on a pu rencontrer par ce biais. Et celle de Paris un peu plus car on y vit et on connaît les assos, les groupes et le public. Et même si c’est de plus en plus une tannée d’organiser des concerts dans les grandes agglomérations à cause des mises aux normes réclamées par les mairies, aux problèmes de voisinage et maintenant de Covid etc..., il y a encore des assos qui se démènent toute l’année pour faire des soirées lives, avec des groupes locaux, d’autres de province, ou à l’étranger. Il y a un public très conséquent et toute une scène rock au style protéiforme se développe et existe en sous sol sans que personne n’en ait grand chose à foutre à la surface. Ce qui est vraiment chouette c’est que certaines assos comme Fauchage Collectif ou En veux tu en V’là (sur Paris) n’hésitent pas à mélanger différents styles de groupes sur un plateau (Noise avec des cuivres, math-rock, stoner etc). Il y a aussi des assos plus spécialisées dans un style (fuzzo Raptors et Below the Sun pour le stoner doom, Bermuda cruise pour l’impro/psychée, Musikoeye pour le metal au sens large) mais quoi qu’il arrive c’est le même public qui vivote entre toutes ces soirées et ces micro-scènes. Ce qui est top c’est que ces concerts permettent souvent aussi aux illustratrices/teurs de flyers, de bd indés, de fanzines etc, d’exposer leurs oeuvres et d’exister au même titre que les groupes dans cette scène. Et puis le public « underground » est très curieux. Tu croises souvent les mêmes têtes, un soir à une soirée grind, un autre à une soirée ambiant. Et quand tu viens voir des concerts plusieurs fois par mois, voire par semaine, en jonglant entre les assos, tu veux être surpris quelque part et tu ne t’enterres dans un style bien précis en particulier ! Il y a aussi une synergie entre les groupes et assos des différentes régions de France qui s’échangent leurs groupes régulièrement. Le Raymond Bar de Clermont est peut-être le squat à concert le plus cool de France, et des groupes de rock, doom, noise, indie, peu importe, de toute la France y jouent régulièrement, c’est un lieu en or. 

La tournée "Turkish Delights" est reportée mais toujours au programme ? 

On espère vraiment pouvoir faire une tournée pour cet album. On ne sait toujours pas quand cela sera possible. Pour l’instant, la seule confirmation qu’on ait c’est le 12 septembre pour le Mennecy metal fest avec Napalm Death ! On a vraiment hâte et ce sera notre tout premier festival !



 Merci d'avoir répondu à nos questions


Turkish Delights de Fatima, sorti le 10 avril chez Musiko Eye


Pour se procurer les 2 albums de Fatima, c'est par ici.
Et retrouvez Fatima sur Bandcamp là.


Crédits photos : Facebook Fatima.

Gian, septembre 2020.