mardi 20 juin 2023

Mais où en est la parité femmes/hommes dans l'art et la musique?

Photo : Damantra au Fimu 2023 de Belfort par Nathan Fabry 


Depuis quelques temps nous voyons des initiatives lancées sur les réseaux et dans les lieux culturels pour mettre en lumière les artistes féminines qui peinent à arriver jusqu'aux scènes pour se produire. Agathe Rochet, étudiante en sociologie spécialisée dans le genre et la culture sort un mini documentaire sur la scène féminine lyonnaise dans le cadre de ses études et nous nous sommes associés à elle pour lui poser quelques questions, mais aussi à plusieurs actrices de la scène émergente. 


Agathe Rochet, sociologue


Salut Agathe comment tu vas?

Agathe : Je suis overbookée en ce moment car j’ai mon mémoire à rendre cette semaine mais ça va bien et merci pour cette interview qui me fait super plaisir.


Tu vas sortir un nouveau documentaire sur la scène musicale féminine. Qu'est-ce qui t'as donné l'envie de réaliser ce docu ?

Agathe : Alors je ne suis pas réalisatrice de docu à la base, je suis sociologue et en dernière année de master et je candidate pour une thèse l'année prochaine et les thématiques dans lesquelles je suis spécialisée sont l'art et la culture. Donc en gros, pour schématiser un peu, c'est sur les inégalités femmes/hommes dans l'art et la culture et mon docu se passe autour de la production musicale sur la région lyonnaise. On pourrait supposer que ce sont les mêmes processus qui pourraient s'étendre au niveau national, peut-être est-il un peu différent sur Paris vu les différentes possibilités qu'il y a sur la capitale pour les artistes, mais étant donné que c'est un travail scientifique, mon échantillon se base uniquement sur la région lyonnaise. Et ce qui m'intéresse, c'est de voir comment s'intégraient les femmes dans les mondes de la musique sur Lyon qui est un domaine professionnel majoritairement masculin. Et il s'étend sur toutes les musiques électro-amplifiées comme comme le rock, le punk, le hip-pop, le reggae ... Et ce qui m'a poussé à réaliser cette enquête,  c'est que j'avais déjà travaillé sur cette thématique mais sur les stéréotypes de femmes dans le milieu du cinéma de science fiction. J'écoute beaucoup de musique et j'ai écouté énormément de rock pendant mon enfance et mon adolescence et aujourd'hui j'écoute du hip-pop, du rap ... et, en regardant d'un peu plus près, je me suis dit :"Mais pourquoi tous les groupes que j'écoute sont composés uniquement d'hommes?". Et de cette problématique un peu générale naît une problématique un peu plus précise, et on va regarder comment naît une œuvre musicale, et comment les personnes interagissent entre elles et quel est le rôle des femmes dans ce processus de production.




Pourquoi avoir choisi les musiques électro-amplifiées ? 

Agathe : Ce qui m'a poussé à choisir les musiques électro-amplifiées, c'est , lorsque j'étais dans les premières phases de mes  recherches à me renseigner sur la place des femmes dans les musiques actuelles, qu'il n'y avait pas, ou très peu, de travaux sociologiques sur ce sujet. Il y avait des travaux très bien documentés sur le jazz et les femmes cheffes d'orchestres. Par contre pour les autres styles de musiques comme le rock, le hip-pop, le reggae il y a comme un vide sociologique. A part pour le punk qui est un style qui part à contre courant, avec une contre culture, où il y a eu des mouvements très féministes à une époque, mais qui ont été très peu documentés aussi. 




Est-ce qu'il manque plus de femmes dans le rock que dans les autres genres musicaux ? 

Agathe : Oui. Certains autres genres musicaux vont être plus documentés au niveau sociologique comme le jazz et la musique classique, et ça a fait évoluer partiellement la situation, mais il reste encore beaucoup d'inégalités et ce sont dans les musiques actuelles que l'on perçoit le plus d'inégalités. Et l'inégalité va se percevoir par un processus de ségrégation qui va être double, en retrouvant plus de femmes dans certains domaines que dans d'autres. Et on retrouve ça dans tous les milieux. Il va d'abord y avoir une ségrégation horizontale d'une part, comme dans la technique où l'on retrouve 2 ou 4% de femmes. Par contre on va retrouver énormément de femmes dans l'enseignement tout comme dans la médiation culturelle et dans l'interprétation, mais beaucoup moins dans la composition. Et plus tu vas monter les échelons de la hiérarchie sociale, et plus tu auras de moins en moins de femmes. Le ministère de la culture a publié son observatoire le 8 mars 2023 et on trouve 17% de femmes en tant que directrices de SMAC et, l'année dernière, elles étaient 20%. Donc on a reculé de 3% en ce qui concerne le milieu des musiques actuelles. Et pour comparer, on a 43% de femmes dans la direction administrative des orchestres de musique classique, et 33% de femmes pour la direction d'opéras. La différence est beaucoup moins marquée ici même si la parité n'est acquise nulle part.




Est-ce qu'il y a encore beaucoup à faire de ce côté là ? 

Agathe : Oui, bien sûr que oui. C'est un constat plutôt déplorable même si le débat est sur la place publique et qu'il avance à pas de fourmis. Donc si on a plus d'hommes en tant que directeurs de SMAC, ils auront peut-être plus tendance à programmer des groupes constitués d'hommes et c'est assez criant dans la programmation des festivals car en moyenne on n'a que 14% de groupes féminins, et c'est le chiffre de 2019. Ça a peut-être évolué un peu grâce à des collectifs comme More Women On Stage qui est très actif sur les réseaux sociaux et qui recense la part de femmes dans chaque festivals de musiques actuelles. Il y a aussi des processus ultra ancrés d'homosocialité dans la musique, car il y a une forte dominance masculine, où les hommes se refilent les tuyaux et les postes. Et du coup les femmes ont plus de difficultés à se faire une place. Mais ça commencé à changer depuis Me Too et Music Too car il y a une prise de conscience un peu générale. Et on repense bien évidemment aux diverses agressions sexistes et sexuelles dont les femmes ont été victimes, mais aussi aux violences psychologiques et pressions de la part de managers ou de techniciens. C'était un phénomène assez commun il y a encore quelques années. Les hommes commencent à y faire attention mais plus on monte dans la notoriété et plus c'est courant. On vient d'avoir un nouveau cas avec Rammstein par exemple. Il y a aussi un phénomène de stéréotypes très marqués dans la musique actuelle et le rock où elles doivent être ultra féminines en jouant avec leur sexualité ou soit être masculine pour pouvoir s'affirmer. Et on retrouve ça aussi dans les milieux de la technique et dans les labels. Elles doivent se « comporter comme des bonshommes » et être des bourrins en étant le plus masculines possible, et rigoler à des blagues de cul même si elles en n’ont pas forcément envie, et être plus viriles en reprenant les codes d'un modèle patriarcal et viriliste, et reproduire cette forme de domination pour pouvoir s'intégrer et se faire accepter en reprenant le modèle déjà en place. Et ça s'accompagne aussi du syndrome de la Schtroumfette qui reprend aussi les codes misogynes et de faire du sexisme intégré pour écraser les femmes autour d’elles car les places sont chères, et rester la seule et l'unique. Mais c'est en train de changer car les femmes se construisent aussi des réseaux de solidarités féminines en se regroupant entre elles comme toutes les autres minorités et ça va venir contrer l'homosocialité et l'entre soi masculin en se donnant également des plans. Les politiques publiques s'y intéressent mais ça n'avance pas vite, donc ce sont les femmes qui prennent le problème à bras le corps et qui décident de ne plus se laisser faire. Il y a un côté très positif au tour de ça, mais il reste encore beaucoup à faire. 




Sarah de Underground Therapy 


Photo : Philippe Comodini



Qu'est-ce que les femmes apportent au rock et à la musique en général ? 

Sarah : Je trouve que quelque part, se demander ce que les femmes apportent au rock ou à la musique en général est assez étrange. On ne poserait pas cette question à un homme. Le problème est aussi là : en 2023 on demande encore aux femmes et aux minorités de genre de justifier et de mériter leur place, là où on ne remet pas en question la place des hommes. 

On nous demande de prouver qu'on mérite l'égalité, qu'on mérite d'être programmées, qu'on est une plus-value pour la musique alors que ça ne devrait pas être un sujet. On est là et on fait aussi bien le taff que les hommes.

Je vois d'ailleurs que l'étude du CNM de 2020 qui met en lumière ces fameux 14% de femmes programmées dans les festival, est de plus en plus citée dans les médias. Elle a pourtant déjà 3 ans et on est encore dans ce constat alors qu'il faudrait être dans l'action. 

Je pense que la question ne devrait pas être « qu'est-ce que les femmes apportent au rock ou à la musique en général », mais plutôt « Qu'est-ce que le monde musical met en place pour aller vers plus d'égalité ? ».




Alice de SheWolf


Photo : Pascal Bauret


Quelle place a SheWolf dans le milieu rock français ? Et quels messages essayez vous de faire passer en plus de la musique ? 

Alice : Nous défendons un mode de vie simple et en harmonie avec les logiques du vivant. Nous avons d'ailleurs fait le choix de nous installer en milieu rural, ce qui nous permet d'être davantage en accord avec nos principes décroissants.

Nous sommes également engagées dans la lutte pour les droits des femmes en général et particulièrement pour l'égalité femmes-hommes dans l'art et la culture.

Pour nous, le respect de l'autre et le respect de la nature participent d'un seul et même état d'esprit. Nous voulons privilégier la coopération, la collaboration et la bienveillance dans un monde qui tourne autour de la compétition, de la manipulation et de l'intrusion permanente. La terre et les humains sont traités de la même manière. Surexploités, dopés, jusqu'à l'épuisement. Aucune place n'est faite à la diversité et aux minorités. La monoculture, l'accaparement, la prédation est partout.

L'intégrité physique et morale des êtres est piétinée sur l'autel des intérêts personnels. Tout est à revoir.

Nous sommes passionnées de sciences humaines, de la philosophie à la psychologie. Nous pensons qu'il est crucial dans notre vie collective - comme dans nos vies personnelles - de sortir du déni et de la fuite en avant pour aller vers une vraie compréhension et acceptation de nous-mêmes et des autres.





Gabi de Foxy Ladies


Photo : Jacques Apothéloz


Quelle mission vous vous donnez (en tant que femmes) lorsque vous monté sur scène ? 

Gabi : Je trouve cette question très intéressante : elle est directe et soulève à la fois un constat qui ne l'est pas. En effet, le jour où la cause féminine ne sera plus une mission, alors on aura rempli celle qu’on n’aurait pas dû avoir eue à se fixer : « Montrer que les filles/femmes peuvent faire du rock » alors qu’en fait, on voulait simplement « faire du rock ».

L’avez-vous déjà vu ainsi : « Quelle mission vous vous donnez (en tant qu’homme) lorsque vous montez sur scène ? ». Perso, je l’ai déjà croisée « non genrée », et dans ce cas, le plus souvent destinée à des minorités ! Ce qui montre d’autres combats et disparités importantes ! Mais creusons encore un peu… Cela veut-il dire, que parmi ces « minorités » il y aurait plus de 50% de la population mondiale ? 

Le constat n’est pas récent, les femmes sont sous-représentées dans la musique, en particulier dans les genres rock et métal (et dans bien d’autres domaines… par exemple, dans les sciences !). C’est pourquoi, avec The Foxy Ladies, nous avons adhéré au mouvement "More Women On Stage" lancé par Lola de Pogo Car Crash Control. Ce slogan est affiché au dos de nos instruments, sur la guitare de Lucianne mais aussi la basse d’Alexis (et oui, un « homme » !). En le mettant en avant à chaque concert, nous souhaitons sensibiliser le public au fait que le rock n'est pas limité à un genre spécifique ; il transcende tout cela, nous retournant les tripes et le cœur, pauvres humains que nous sommes !

Aux stéréotypes de genre s’ajoutent des obstacles structurels : il y a moins de modèles féminins qui permettent aux jeunes filles de rêver, de se lancer. Il y a aussi un manque d’accès aux ressources et formations ; surtout quand il s’agit d’évoluer sur des instruments ou dans genres musicaux pensés comme « plus masculins ». Souvent abordée, il y a aussi la question de la sexualisation dans l'industrie de la musique. Parfois, les femmes sont perçues davantage comme des objets de désir que comme des artistes. Petit aparté, un jour j’ai entendu : « sur scène, nous ce qu’on veut, c’est que ça cuisse » ! Euuuh merci mais non merci ! Et ainsi de nous interroger sur les limites que l’on nous impose en tant que femme, que l’on s’impose ; entre pudibonderie et sexualisation ; entre « vulgarité », « sex appeal » et « provocation ». Des jugements et des opinions, bien ancrés dans cette société patriarcale, qui sourit face au déhanchée de Mick Jagger mais condamne ceux d’une Beth Dito (chanteuse rock, Gossip) ou de Lizzo (chanteuse pop, hip-pop). Des « femmes », et qui plus est, jugées par les haters comme « trop grosses » pour s’exposer sur scène.

Cependant, « joie ! », nous constatons des signes encourageants. Certains festivals donnent davantage de place aux groupes féminins et on observe une prise de parole croissante des femmes – et des hommes – mais aussi tous ceux qui ne reconnaissent dans aucune de ces catégories – qui bravent les remarques et comportements discriminatoires, dans un esprit d’inclusion. Il reste encore beaucoup à faire pour parvenir à une véritable égalité, aussi bien sur scène que dans les métiers du spectacle, tant sous la lumière, que du côté des métiers techniques… Tout le monde a le droit de créer, de ressentir, de vivre et d’évoluer dans le monde de la musique… Et dans le monde « tout court » ! Indépendamment du genre, des origines, etc… Cela peut paraître consensuel, et pourtant, l’actualité internationale récente nous rappelle malheureusement que la situation des femmes, des communautés LGBTQIA+, et de nombreuses minorités, demeure malheureusement problématique à bien des égards…

Peut-être qu’un jour, cette question ne sera plus utile pour faire avancer cette cause et que l’on pourra simplement nous demander « Quelle mission vous vous donnez (en tant qu’humain) lorsque vous montez sur scène ? ». Et là, on pourra répondre avec beaucoup de « légèreté » qu’actuellement, on est particulièrement alarmé et inspiré par les bouleversements écologiques et sociétaux à venir ; ce dont découlent plusieurs titres de notre dernier album aux teintes post-apocalyptique.

Enfin, pour finir, un crédo nous tient à cœur, c’est « Wild or nothing ! »….

Car nous prônons le lâcher-prise, le retour aux émotions et au live. Nous n’oublions pas la période COVID ou rien de cela ne nous était possible. Et pour qu’il y ait une scène inclusive, il faut qu’il y ait une scène ! Toujours et encore, on ne répétera jamais assez aux gens d’aller en concerts et de faire vivre les petits comme les gros festivals.

« Alors, en tout bien tout honneur, qui pour un petit wall of death ? »




Karoline de Sun


Photo : Denis Charmot


Est-ce qu'une femme doit travailler plus qu'un homme dans le milieu artistique pour pouvoir réussir ? 

Karoline : Oui, je crois qu’une femme artiste doit travailler plus qu’un homme pour réussir .

Je ne peux parler que de ma propre expérience bien sûr.

J’ai vu pas mal d’hommes commencer des projets pop/rock/metal en même temps que moi. Assez vite ils ont trouvé un entourage professionnel, décroché des contrats, se sont fait programmer dans les salles et festivals, ont été relayés par la presse. Et tout cela sans forcément être les meilleurs musiciens, sans être les plus beaux gosses et sans révolutionner la musique.

Tant mieux pour eux mais côté féminin ça se passe autrement.

Quand tu regardes les femmes qui tournent sur les scènes rock en ce moment le constat est très différent, il n’y a que des femmes hallucinantes. 

Batteuse/chanteuse ultra douée et magnifique (Brutus), Chanteuse/screameuse hallucinante et belle (Jinjer), Guitar heroine/mannequin, Chanteuse/guitariste metal d’un pays exotique pour les blancs-becs,quand on regarde bien il n'y a que des femmes exceptionnelles avec un talent ou des qualités rares.

Elles doivent être excellentes, belles, jeunes pour être dignes d’être considérées.

Quand c’est du « All Girl Band » les musiciennes doivent prouver qu’elles sont bonnes techniciennes tout en respectant bien les codes de papa.

Tout ce qui n’est pas dans la prouesse ou la nostalgie est directement mis dans la case « inclassable ».

Pendant ce temps, des hommes de tous les âges tournent avec des projets de rock ni bons, ni mauvais. Ils écument les salles en toute tranquillité en buvant leurs bières entre potes. Ils ne sont pas excellents, on passe un moment sympa, le show est ok. Ils ne sont pas mannequins, tout va bien.

C’est dans ce climat, où on a des attentes impossibles envers les femmes, que naissent les rivalités et les peurs. On se regarde en chien de faïence, car on sait que les places sont chères, que le système n’est pas conçu pour nous.

Une chanteuse pop très connue m’a envoyé un message privé un jour, pour me dire que ma chanson « I killed my man » était un chef d'œuvre. Elle qui partage pourtant des choses sur ses réseaux a choisi de ne pas le faire mais de me le dire en privé. Je comprends quelque part. On en devient trouillardes. On affiche un féminisme consensuel et on meurt de trouille de se faire écraser, se faire piquer sa place.

Dans un monde où on considère qu’il y a uniquement de la place pour « LA Queen » c’est tout à fait compréhensible. Mais ça ne nous aide pas.

J’ai récemment découvert un groupe allemand "Blond" (ça chanté en allemand, désolé). Dans leur chanson « Männer » elles singent le discours d’un programmateur de festival : » Cette année ça va faire short mais on vous garde en tête pour l’année prochaine. Et on a programmé ce groupe là, ils ont une bassiste! C’est déjà pas mal! »

C’est évidemment pas une attaque contre les bassistes mais pour illustrer les conneries qu’on nous raconte. Donc ou on est excellentes ou fait plaisir à papa sans trop faire de vagues.

Côté business c’est pareil. Quand on fait affaire avec ses partenaires pro (labels, tourneurs etc) il faut être cool, pas être trop ambitieuse mais quand même en vouloir. Pas être une connasse mais avoir du caractère. Être facile à gérer mais pas ennuyeuse.

Pendant ce temps là mes camarades artistes/producteurs masculins peuvent être des têtes de cons, ambitieux, fainéants et pas inspirés, toujours habillés pareil et vieillir, dépasser les bornes et ça passe. 

Tout ne leur est peut-être pas permis mais ils ont tout de même beaucoup plus de marge que les femmes (et j’inclus tout le spectre de femmes et les personnes lgbtq+).

En somme, pour faire partie du boys club il y a une règle:

Il ne faut pas trop dépasser tout en étant extraordinaire!

Je répète:

Il ne faut pas trop dépasser tout en étant extraordinaire!

Quelque chose de facile a réaliser…

Et ces demandes ridicules envers les femmes cassent des carrières, découragent des artistes.

On a pas besoin d’inciter plus de femmes à faire de la musique ou de l’art! Elles sont déjà là et elles déchirent tout!

On a besoin de FAIRE DE LA PLACE aux femmes!




Gaby de Am Samstag


Photo : LnPixElle



Est-ce que les femmes se bougent plus que les hommes pour faire bouger les choses et défendre de nombreuses causes ?

Gaby : Um… compliqué à répondre. 

Je pense que, de part l’évolution de la société et les inégalités creusées entre homme/femme depuis deux millénaires, les femmes (et ce qu’on appelle les minorités en général) « se bougent » plus, car elles veulent que leur voix comptent autant que celles des hommes. 

Par contre je pense qu’il y a aussi pas mal de mecs qui essaient de changer les mentalités et qui ont toujours respecté les femmes dans le milieu rock ou métal. Personnellement je n’ai jamais subi de discrimination ou harcèlement dans ces milieux. Mais je sais qu’il y en a beaucoup, surtout dans les grosses structures.

Mon avis personnel, est que tous ensemble nous aurons plus d’impact pour défendre des causes. Il faut arrêter de séparer les sexes en permanence et de faire des comparaisons entre qui fait plus ou qui fait mieux. Sans unité on ira nulle part.

Nous sommes des êtres humains avant tout, égaux en droit. Et puis à la fin on se fera tous bouffer par les asticots.





Camille de A Void


Photo : Phils Konzerte


Étant un groupe groupe franco-britannique, voyez vous des différences entre la parité homme femme sur scène entre l'Angleterre et la France ? 

Camille : Sur la scène underground, ça commence à bouger par contre si tu regardes les affiches de festival y’a encore beaucoup de taf niveau parité. 





Jo de Johnnie Carwash 


Photo : Titouan Massé


Quel message aurais-tu à passer à toutes celles qui aimeraient se lancer dans la musique mais qui hésitent encore ? 

Jo : Je pense qu’il important de bien s’entourer, que se soit les personnes avec qui tu joues ou ton entourage pro, il faut avoir 100 % confiance en eux et surtout qu’ils aient 1000 % confiance en toi. 

Ensuite je dirais vas-y à fond, ne regarde pas derrière toi, fais toi kiffer ! Ne te laisse pas influencer par les mauvaises langues, rappelles toi que tu es forte. La musique ce n’est pas seulement de la technique c’est avant tout un sentiment, un partage, une envie. 

So Go Girls. 




Le constat est unanime : les questions de parités et d'égalités entre les hommes et les femmes dans l'art et la société devraient être révolues depuis des décennies, et même faire passer de ringards ceux qui se poseraient encore ses questions là, mais il en est encore tout autre. Un nouveau cycle recommence pour l'égalité et la parité entre les hommes et les femmes 30 ans après le mouvement Riot Girls lancé par Kathleen Anna des Bikini Kill qui était soutenu par toute la scène alternative de l'époque. La musique a toujours essayé de faire changer et d’évoluer les mentalités. Souvenez-vous de John Lennon, Patti Smith, Bob Marley, Nina Hagen, Bob Dylan, Joan Baez, Rage Against The Machine, L7 et bien d'autres. L'histoire s'écrit dans les salles de concerts et les festivals qui sont des lieux de respect et de droits où tout le monde a le droit de s'exprimer et de défendre des causes qui lui sont chères. Les mentalités seraient-elles en train de changer et d’évoluer? Rdv dans quelques années.


Photo de Lucie Marmiesse de See You In L.a prise au Bataclan de Paris.



Gian, juin 2023.

lundi 10 avril 2023

[LIVE REPORT] PIXIES à l'Olympia le 15 mars 2023


Depuis le retour des Pixies avec de nouveaux albums, c’est-à-dire il y a un peu moins de 10 ans maintenant, on essaie de ne pas manquer leur passage sur scène. En effet, au-delà du plaisir d’entendre les titres emblématiques du groupe, on a toujours une certaine curiosité pour découvrir leurs derniers albums en live. Ce fut le cas pour « Head Carrier » et « Beneath The Eyrie », et maintenant il nous tardait d’écouter la dernière mouture du groupe « Doggerel ». Les Pïxies avaient donné rendez-vous au Public parisien les 15 et 16 mars à l’Olympia. On saluait le bon choix de la salle, le concert au Zenith en 2016 n’ayant pas forcément été convaincant, non pas pour la qualité de la prestation, mais pour une sonorisation qui sembla compliquée, en tout cas là où nous étions placés. A l’Olympia on n’a jamais été déçu du son. 


C’est le groupe britannique Wunderhorse qui ouvre pour les Pixies. Et le jeune quatuor britannique le fait plutôt bien. Les musiciens sont totalement impliqués, ils savent investir la scène, et le leader Jacob Slater a une belle présence et une plutôt belle voix. Il alternera d’ailleurs un chant plutôt soft et des passages plus énervés et criés. Certainement les relents de ses débuts au punk sauvage affirmé.


Les Wunderhorse viennent de sortir leur premier album en fin d’année dernière et ils font partie de la nouvelle scène anglosaxonne vraiment intéressante. Un groupe à suivre donc, qui nous aura convaincus pendant ce court set à l’Olympia.


C’est bientôt le tour des Pixies de monter sur scène, et on se demande à quelle sauce on va avoir droit. A savoir, quelle va être la setlist de ce soir. Car ceux qui suivent les Pixies le savent : pas de setlist préétablie et répétée à l’identique à chacune des prestations de la tournée. Black Francis, ou Frank Black on ne sait plus par lequel des pseudos il faut l’appeler mais ce n’est pas important, s’ingénie à improviser, selon son inspiration de la soirée, la setlist du soir. Un casse-tête pour les ingénieurs du son obligés de réagir au 1/4h de tour pour les bons réglages, mais aussi pour les autres musiciens. On se souvient de quelques erreurs du batteur David Lovering. Pour cela un micro est disposé derrière Frank Black, grâce auquel à la fin de chacune des chansons, il lance la suivante.

 




Et donc ce soir, le set commence avec « Cactus » suivi d’un patchwork de Surfer Rosa, Bossa Nova, Doolittle mais aussi Trompe le Monde et Beneath The Eyrie , avec notamment un « Vamos » joué assez tôt pour mettre le feu aux poudres. C’est ensuite pas moins de neuf titres du dernier album Doggerel qui s’enchaînent, en commençant par « There’s a Moon On » et en terminant par l’excellent « Vault of Heaven ». Je ne sais pas si lors d’un autre concert les titres du dernier album ont été enchaînés de la sorte. 



C’est ce qui fait le charme des concerts des Pixies, même si le public aurait certainement préféré voir plus de chansons emblématiques, pour certaines non jouées ce soir, entrecouper cette série. La suite correspondra plus à l’attente du public, majoritairement constitué par ceux qui ont découvert le groupe avec leurs premiers albums. On aura droit à « Wave of Mutilation », « Debaser », « Monkey Gone to Heaven”, “Hey”, et “Gauge Away”. Mais pas de “Gigantic” ou de “Velouria” par exemple. Bon ce n’est pas grave on en a eu suffisamment pour prendre ce malin plaisir que nous offrent toujours les Pixies. 


Frank Black est toujours aussi impérial, une sorte de force tranquille, qui pourrait cependant maintenant, avec l’âge, s’adresser un peu au public. En effet, autant la posture avait du sens il y a trente ans, autant on aimerait aujourd’hui un peu plus d’interaction avec le public. Ça doit être de la timidité… La fin du set a l’air rodée pour cette tournée, et se termine depuis quelques concerts par les 3 mêmes chansons enchaînées, à savoir la version ralentie de « Wave of Mutilation », l’incontournable et indétrônable super méga hit « Where Is My Mind » pour finir avec l’excellente reprise de Neil Young « Winterlong ». Bien évidemment il n’y aura pas de rappel, pourquoi changer les bonnes habitudes ?



Alors que retenir de ce concert finalement ? Que les Pixies sont toujours ce putxxx de groupe, inébranlable, indémodable, qui aura écrit parmi les plus belles pages du rock, et qui continue d’en écrire, même si elles n’ont plus tout à fait la saveur d’autrefois. Et maintenant, Paz Lenchantin a définitivement réussi à remplacer la regrettée Kim Deal, et apporte une fraicheur et un enthousiasme qui semble faire du bien au groupe, notamment à Frank Black qu’on surprend à sourire quelquefois en regardant ses comparses. Nous ne sommes plus à l’époque des concerts fracassants des Pixies, mais on continue de passer une, plus qu’excellente, soirée en leur compagnie. La mine réjouie d’une grande partie du public à la fin du set est là pour nous le confirmer.






Setlist :

1.       Cactus

2.       Death Horizon

3.       Break My Body

4.       Blown Away

5.       Here Comes Your Man

6.       Vamos

7.       Motorway to Roswell

8.       There's a Moon On

9.       Haunted House

10.   Who's More Sorry Now?

11.   Pagan Man

12.   Get Simulated

13.   Dregs of the Wine

14.   Thunder and Lightning

15.   The Lord Has Come Back Today

16.   Vault of Heaven

17.   Planet of Sound

18.   Wave of Mutilation

19.   Head On (The Jesus and Mary Chain cover)

20.   Isla de Encanta

21.   Caribou

22.   Debaser

23.   Bone Machine

24.   Monkey Gone to Heaven

25.   I've Been Tired

26.   Human Crime

27.   Hey

28.   Doggerel

29.   Nomatterday

30.   Ana

31.   Mr. Grieves

32.   Nimrod's Son

33.   Gouge Away

34.   Wave of Mutilation (UK Surf)

35.   Where Is My Mind?

36.   Winterlong (Neil Young cover)


Jean-O de R.A.N 




dimanche 2 avril 2023

Et si Buzz Osbourne avait accepté Kurt Cobain dans les Melvins ...

Kurt avec les Melvins. Montage photo : Yamina Ziane.


Kurt Cobain, fondateur de Nirvana en 1987 avec son ami Krist Novoselic, est devenu malgré lui le porte parole de toute une génération et est entré dans l'histoire de la musique en 1991 en sortant l'album Nevermind. Originaire d'Aberdeen, petite ville paumée comme tant d'autres près de Seattle aux États-Unis, le jeune Kurt avait posé sa candidature auprès de Buzz Osbourne pour rejoindre son groupe qu'il admirait tant : les Melvins. Comme vous le savez tous, Buzz a rejeté sa candidature. Mais imaginez si Buzz Osbourne avait accepté Kurt Cobain au sein de son groupe. Que se serait-il passé?




Kurt proposa 2 compos en arrivant au sein du groupe : Spank Thru et Sifting. Buzz et Dale Crover ont tout de suite adoré ces 2 chansons, mais il a fallu les mettre à la sauce Melvins, jouées un ton en dessous et en ralentissant le rythme. Elles auraient limite sonné comme du doom avec la grosse voix de Buzz par dessus la musique fracassante du groupe. Kurt proposa une nouvelle compo avec un son beaucoup plus pop et des paroles sur le thème de l'amour. Mais malheureusement, celle-ci n'a pas plu au reste du groupe et termina aux oubliettes. Dommage, car il avait même le titre pour cette chanson, elle était intitulée "About A Girl" et était dédiée à son amour du moment Tracy Marender. Elle ne figurerait nulle part, il l'aurait juste jouée à sa bien aimée chez lui entre 2 tournées ou 2 concerts. 




Kurt composa alors de nouvelles chansons qui auraient plus collé avec le style du groupe et il aurait eu la vie dont il rêvait tant ado. Être une rock star sans apparaître dans les tabloïds et la presse à scandale où on a eu l'habitude de le voir avec Courtney Love. Et Courtney Love alors, que serait-elle devenue sans Kurt ? 




Elle aurait bien évidemment formé son groupe Hole et aurait sorti en 1991 son premier album "Pretty On The Inside", produit par Kim Gordon des Sonic Youth et Dom Fleming des Gumball. L'album aurait été accueilli favorablement par la critique rock et se serait vendu à 200 000 exemplaires aux USA. Le single "Teenage Whore" aurait tourné sur les radios à l'époque mais aurait vite fini aux oubliettes après l'arrivée de l'EP "Safari" du groupe de Kim Deal, les Breeders. 




Déjà avide de buzz à l'époque, Courtney Love fît croire qu'elle figurait sur la pochette arrière de l'album Aoxomoxoa des Grateful Dead avec lesquels son père Hank Harrison travaillait en étroite collaboration. Mais la rumeur fut vite démentie par Bill Kreutzmann qui affirma que c'était sa fille Stacy qui figurait avec le groupe et non Courtney. 




En tournée aux Etats-Unis, Hole passa sur Chicago et Courtney  fît la rencontre de Billy Corgan membre des Smashing Pumpkins qui venaient de sortir leur premier album "Gish", produit par un certain Butch Vig. Courtney resta en contact avec Billy le temps de terminer sa tournée avant de l'envouter et de lui mettre le grappin dessus. Comme avec Kurt, elle fît prendre la plus terrible des drogues à Billy qui malheureusement en succomba 1 an après la sortie du fracassant album "Siamesse Dream" en 1993, et entra dans le plus triste des clubs, appelé le club des 27, aux côtés d'autres légendes du rock tels que Jim Morrison, Jimi Hendrix, Brian Jones ... 





De son côté, Butch Vig produisit les meilleurs albums du début des années 90's, et se fît appeler Grunge Man avant de croiser la route de Shirley Manson. 




La scène alternative de Seattle resta tout de même très intéressante avec des groupes comme Soundgarden, Alice In Chains, ou Mudhoney. Mais aucun de ces groupes ne connut une renommée mondiale sauf un : Pearl Jam. Mais le groupe n'avait pas d'exemples de groupes qui cartonnaient pour éviter de prendre les mêmes chemins tortueux et se fît avoir par MTV qui diffusait en boucle  tous les singles des albums Ten et VS sortis en 91 et 92. Le succès fît péter les plombs à Eddie Vedder qui décida de quitter le groupe en pleine session d'enregistrement du 3ème album. 




La scène grunge et alternative des 90's n'est pas devenue ce qu'elle était devenue avec la sortie de Nevermind en '91, et le hard rock est resté sur le devant de la scène jusqu'à l'arrivée de la brit pop anglaise avec un certain groupe du nom de Oasis. 




Bon, oui, l'histoire est plus ou moins rigolote. On a laissé le hard rock sur le devant de la scène, on a fait splitter Pearl Jam en pleine session d'enregistrement, et on a tué Billy Corgan. Mais qu'en est-il de Christ Novoselic et Dave Grohl alors? Que seraient-ils devenus sans Nirvana? 




Krist, ami de longue date de Kurt, avait joué dans différents groupes du côté de Olympia, mais sa plus grande réussite était d'avoir lancé à Olympia une salle de concert qui accueillait toute la scène underground du coin. Krist était pote avec tous les zikos de Seattle et même de Los Angeles. Mais la salle a malheureusement fermé ses portes à la fin des années 90's, en laissant de magnifiques souvenirs aux groupes qui s'y étaient produits et à tous les gamins du coin qui étaient allés voir des dizaines de groupes incroyables. Et par la suite,  Krist est devenu agriculteur et s'est remis à l'accordéon. 




De son côté Dave Grohl, qui faisait une petite pause avec le groupe Scream au début des années 90's, venait de rencontrer Kathleen Anna des Bikini Kill en 1991 et tous les deux filaient le parfait amour. Dave en profitait pour donner des coups de main au groupe en tant que roady. Kathleen commençait à faire du bruit avec un nouveau mouvement féministe, les Riot Girls. Le mouvement était soutenu par toute la scène alternative américaine dont Kim Gordon des Sonic Youth. 




De passage du côté de Seattle, Krist avait demandé aux Melvins de venir jouer dans sa salle, avec en première partie les Bikini Kill et Hole. Imaginez-vous l'après-midi dans la salle de concert lors des balances. Kurt rencontra Dave Grohl pour la première fois et retrouva son vieil ami Krist Novoselic qu'il n'avait pas revu depuis son arrivée dans les Melvins. Kurt présenta Dave à Krist pour qu'il puisse venir jouer dans sa salle avec son groupe Scream. Le courant passa très bien entre les 3 hommes, et personne ne se douta que si Kurt n'avait joué dans les Melvins, ils auraient marqué l'histoire de la musique en sortant le cultissime album Nevermind.




Finalement les années 90's sont devenues ce qu'elles ont été grâce au refus de Buzz Osbourne d'accepter Kurt Cobain au sein des Melvins. Doit-on le remercier même si on connaît la fin tragique de Kurt Cobain?




Merci de m'avoir lu, j'espère que cette petite histoire vous a plu ? 


Gian, avril 2023 pour les 29 ans de la disparition de Kurt Cobain.